Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

20 mars 2008

Guerre Clinton-Obama: où en sommes-nous au juste?

Alors qu'il n'y a plus d'élections avant un bon mois, il est temps de s'arrêter un moment et de voir où nous en sommes dans le match Clinton-Obama pour remporter la nomination démocrate.

Si l'on en croit la plupart des commentateurs et analystes, Obama est désormais inévitable...

Euh... attendez une minute: n'était-ce pas ces mêmes "experts" qui, durant toute l'année 2007, claironnaient que Clinton était inévitable? J'ai récemment écrit deux articles antagonistes, l'un décrivant pourquoi les résultats du 4 mars représentaient un changement majeur en faveur de Hillary, un autre disant que cela ne changerait pas grand chose.
Bon, alors qu'en est-il réellement? Essayons de résumer la situation de manière objective...

Tout d'abord, n'allez pas croire que je pense que Hillary va probablement remporter la nomination. Loin de moi cette idée. En fait, je pense qu'elle va probablement perdre. Cependant, n'en déplaise à certains, je pense qu'elle a encore une chance de gagner. Une chance peut-être pas beaucoup plus grande que 20 ou 30%, mais rien de négligeable. Pourquoi peut-elle garder espoir? Résumons la situation...

  • Obama sera presque certainement en tête du nombre de délégués ordinaires une fois que tous les états auront voté. Il pourrait avoir une cinquantaine, voire une petite centaine de délégués d'avance. Cependant, en soi, cela ne compte pas: le nominé doit remporter une majorité de tous les délégués pour remporter la nomination, soit environ 2025.
  • Obama n'arrivera pas à dépasser le seuil de 2025 avec les délégués ordinaires, ce qui signifie que la décision appartiendra aux super-délégués qui, rappelons-le, sont libres de voter comme bon leur semble. Or comme ils sont au nombre de 800 environ, cela peut tout à fait effacer l'avance dont pourrait jouir Obama à ce stade, et renverser les résultats.
  • Cela signifie que les deux candidats vont devoir convaincre les super-délégués de voter pour eux, en ayant de solides arguments. Tous deux vont devoir faire valoir qu'il ou elle est le choix qu'il faut pour le parti démocrate.
  • Un argument évident est le total des délégués ordinaires amassés grâce aux primaires et caucus. Obama pourra dire: "J'ai remporté davantage de délégués ordinaires, donc je suis le choix légitime du parti. Il serait malvenu d'aller à l'encontre du choix des électeurs". Cependant, le système de répartition des délégués favorise un peu Obama. En effet, si l'on répartissait les délégués selon les règles républicaines (le gagnant de chaque état remporte le tout), c'est Hillary qui serait en tête! (avec quasiment 200 délégués d'avance...) De plus, Obama a remporté beaucoup d'état tenant des caucus, qui sont bien moins représentatifs de la population, à cause d'une participation très faible.
  • Un autre manière de convaincre les super-délégués qu'on est le plus légitime est au travers du résultat du vote populaire. Cela pourrait être tout aussi persuasif que l'argument consistant à considérer les délégués ordinaires. A ce compte-là, Obama est toujours en tête d'environ 700'000 voix (13.3 millions de votes contre 12.7 pour sa rivale). Cependant, si l'on compte la Floride, l'écart se réduit à 400'000 voix. Et si l'on compte également le Michigan, l'avance de Obama est de moins de 100'000 voix. Bref, avec les prochaines primaires, même si Hillary n'arrivera probablement pas à dépasser Obama dans le nombre de délégués ordinaires, il n'est pas exclu qu'elle remporte le vote populaire.

En conclusion: ces considérations impliquent un scénario tout à fait crédible - bien que peu probable! - pour une victoire de Clinton. Il faudrait au moins qu'elle prenne la tête dans le vote populaire. Ou au moins une des manières de compter le vote populaire (en comptant ou non les états voyous Floride et Michigan). Pour ce faire, il lui faut une victoire écrasante en Pennsylvanie. Une petite victoire à l'arraché ne suffira pas: il lui faut une marge importante. Ca tombe bien, les derniers sondages la donnent en tête de presque 20 points en moyenne.
Ensuite, il faut qu'elle se batte en Caroline du Nord pour ne pas perdre du terrain. Cet état plutôt favorable à Obama pourrait être crucial: une large victoire de Obama pourrait mettre fin aux espoirs de Clinton, une égalité pourrait grandement l'aider dans sa quête du vote populaire.

Si elle parvient à gagner le vote populaire - et il y a un grand si - elle devra entreprendre de persuader les super-délégués. Dans un sens, cela sera plus difficile à faire pour elle, puisque Obama aura davantage de délégués ordinaires. Ainsi, si on veut, elle aura gagné une majorité des votes, mais "lui aussi"...

Voilà donc sa stratégie: revenir en force pour gagner le vote populaire, et utiliser cet argument pour convaincre les super-délégués. Une stratégie difficile, mais pas impossible. Il est possible que tout se termine par une large victoire de Obama en Caroline du Nord, mais il est aussi possible qu'elle gagne largement la Pennsylvanie, maintienne la Caroline du Nord très serrée et remporte largement l'Indiana (le même jour). Il restera alors seulement le Kentucky, la Virginie occidentale, Puerto Rico, le Montana, l'Orégon et le Dakota du Sud.

Encore largement de quoi nous tenir (un peu) en haleine pendant quelques longues semaines...

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18 mars 2008

Qu'est-ce qu'il y connaît à la guerre, John McCain? Réponse... RIEN !!

Voilà qui est susceptible d'écorner l'image de spécialiste des affaires militaires et internationales dont John McCain se vantait tant. Son voyage au Moyen-Orient était supposé mettre en avant sa maîtrise des dossiers (notamment le dossier irakien) et ses supporters espéraient qu'il en sortirait avec une image d'homme d'état, capable de rencontrer les grands leaders du monde, pendant que les démocrates poursuivent leurs petites luttes internes...

Mais tout ne s'est pas passé comme prévu, alors que McCain a mal identifié certains des acteurs clé de la guerre en Irak. Il a répété à plusieurs reprises lors d'une conférence de presse et une interview radio qu'il s'inquiétait que l'Iran - un pays principalement chiite - entraîne des membres d'Al Qaïda en Irak (un groupe largement sunnite)... En réalité, la plupart des experts pensent que l'Iran aide les extrémistes chiites en Irak, et non Al Qaïda...

8012press_1"Nous continuous à être préoccupés que les Iraniens amènent Al Qaïda en Iran, les entraînent, et les renvoient en Irak", a-t-il dit. Lorsqu'on l'a interrogé à propos de cette remarque, il a répondu: "Eh bien, il est bien connu et il a été rapporté souvent que Al Qaïda retourne en Iran pour recevoir de l'entraînement, et qu'ils reviennent ensuite en Irak. Cela est bien connu. C'est malheureux."

Il a fallu que le sénateur Lieberman, qui l'accompagnait, lui chuchote une correction dans l'oreille, pour que McCain se reprenne: "Excusez-moi, les Iraniens entraînent des extrémistes, mais pas Al Qaïda." Oups...

Cela pourrait bien discréditer son image de fin connaisseur des affaires étrangères. Le Washington Post parle d'une gaffe, d'autres médias parlent de bourde ou de faux-pas. Quoi qu'il en soit, vu le nombre de fois où McCain a répété la même chose, il paraît peu probable que ce soit une erreur momentanée - une gaffe, une bourde, ou un faux-pas -  mais bien une profonde méconnaissance de la situation au Moyen-Orient, qui pourrait lui coûter cher. Loin de travailler de concert, l'Iran et Al Qaïda représentent plutôt deux parties opposées de la guerre irakienne, Al Qaïda étant un groupe extrémiste sunnite, tandis que l'Iran est dirigé par les chiites, qui représentent 90% de la population.

Un nouveau champion de la politique étrangère à la Maison Blanche?

Mise à jour (20 mars 2008): Apparemment, il n'a toujours pas compris...

Pour la troisième fois en deux jours, le candidat républicain a affirmé que Al Qaïda recevait de l'assistance de l'Iran, bien qu'il se soit déjà couvert de ridicule à ce sujet la veille. Cette fois-ci, dans une déclaration au sujet du 5e anniversaire de la guerre, il écrit: "Aujourd'hui en Irak, l'Amérique et nos alliés sommes sur le point de gagner une victoire majeure contre le terrorisme. L'amélioration de la sécurité depuis une année a été drastique et indéniable. Al Qaïda et les extrémistes chiites - soutenus par des puissances comme l'Iran - sont en fuite mais pas encore battus."

Cela n'a pas échappé aux démocrates, et Obama en a profité pour enfoncer le clou: "Nous avons entendu le sénateur McCain confondre sunnites et chiites, l'Iran et Al Qaïda. Peut-être est-ce pour cela qu'il a voté pour entrer en guerre contre un pays sans aucune attache avec Al Qaïda. Peut-être est-ce pour cela qu'il n'arrive absolument pas à comprendre que la guerre en Irak a fait davantage pour renforcer les ennemis de l'Amérique que tous les choix stratégiques que nous avons fait depuis des décennies."


 

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10 mars 2008

Le blog à la Télévision Suisse Romande

IMG_0357Les élections vont maintenant se déplacer en Pennsylvanie et je serai aux premières loges pour assister au dernier grand combat dans le plus grand état n'ayant pas encore voté.

Un petit reportage a été filmé par la Télévision Suisse Romande dans mon labo et en ville de Philadelphie au sujet des élections et de ce blog  pour le journal télévisé. Vous pouvez visionner le sujet sur cette page.   

Pat - live from Philly


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09 mars 2008

Un physicien au Congrès...

La grande nouvelle du jour concerne un homme de l'Illinois... Non, pas celui-là! Même s'il est vrai que Obama a largement gagné les caucus du Wyoming (mais les douze délégués disponibles seront répartis 7 pour lui contre 5 pour Clinton)...

Non, il s'agit du démocrate Bill Foster, un physicien des particules ne s'étant jamais présenté à une élection, qui a battu le candidat républicain pour le siège de représentant au Congrès du 14e district de l'Illinois. (Pendant qu'on y est, mentionnons que ce monsieur habite à Genève! Oui, bon, à Geneva, une ville de la région de Chicago).

186px_BillFoster_Portrait_LRPourquoi est-ce important? Parce que cette élection spéciale était organisée pour remplacer Dennis Hastert, ancien speaker de la Chambre des Représentants, dans un district largement républicain, qui n'a élu que des républicains au congrès depuis 11 élections consécutives (Hastert avait gagné ses cinq derniers mandats par 70%, 74%, 74%, 69% et 60% des voix respectivement). Bill Foster va entrer en fonction lundi, mais va à nouveau affronter son même adversaire lors des élections de novembre. Si Obama est le nominé démocrate, Foster est pratiquement assuré d'être réélu. Accessoirement, notons que, en tant que représentant, Foster devient un nouveau super-délégué et pourra voter lors de la convention démocrate. Il n'a pas encore annoncé son choix, mais il semble logique qu'il soutienne Obama, d'autant que celui-ci l'a soutenu pour son élection.

C'est une défaite énorme pour le parti républicain, qui a dépensé 1.3 million de dollars pour cette élection, et un mauvais signe pour eux en vue de novembre. S'ils ne peuvent même pas garder un siège qu'ils ont tenu pendant plus de 20 ans, dans un district fortement républicain, contre un nouveau venu qui n'y connaît pas grand chose en politique, que va-t-il se passer dans des districts plus serrés avec des candidats plus expérimentés? Pire, beaucoup de gens vont voir cette élection comme un tour de chauffe entre Obama et McCain, puisque Obama a fait un spot publicitaire pour Foster et McCain a fait campagne pour son adversaire.

Nous parlerons un peu plus tard des autres enjeux des élections de novembre, à savoir le renouvellement de la Chambre des Représentants et d'une partie du Sénat. Quoi qu'il en soit, plusieurs autres représentants républicains vont peut-être maintenant songer à ne pas de présenter en novembre pour éviter une défaite cuisante.

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06 mars 2008

Bush-McCain, toujours le tandem de rêve...

La nomination démocrate est relancée, comme discuté hier, et on s'achemine de plus en plus inexorablement vers un véritable bain de sang...

Pendant ce temps, chez les républicains, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. John McCain a officiellement franchi le seuil requis de 1191 délégués, et sera donc le nominé de son camp. Tant mieux pour lui, pendant que le parti adverse se déchire, il peut commencer à rassembler son camp et mener son petit bonhomme de chemin sans que les candidats démocrates se soucient trop de lui pour l'instant.

Et surtout, maintenant qu'il a remporté la nomination, il a eu l'immense honneur de recevoir l'absolution présidentielle. Un soutien à double-tranchant: même s'il ne peut guère snober Bush, au risque de fâcher les républicains qui le soutiennent (et ils sont encore étonnamment nombreux), il ne peut pas se permettre d'être trop proche du président. Vu le désir de changement des Américains, il doit à tout prix éviter que sa candidature passe pour un "troisième mandat" Bush, un message que les démocrates vont d'efforcer de faire passer. Voyez par exemple cette vidéo.

bushmc

Hier, McCain a donc été accueilli à la Maison Blanche pour recevoir le soutien officiel de Bush. L'avantage est que le président peut lever des fonds de façon efficace et importante pour la campagne de McCain. L'inconvénient est l'horrible image que cela donne de lui... D'autant que, souvenez-vous, il avait déjà été pris en mauvaise posture dans les bras du président.

Prisonnier de son propre soutien pour une guerre en Irak désastreuse, trop timide pour élaborer son propre programme de changement, se laissant passivement désigner comme l'héritier d'un président impopulaire... McCain pourrait bien creuser sa propre tombe (politique!) en espérant recevoir une aura présidentielle.

Durant le reste de la campagne, le soutien de Bush risque de devenir un fardeau. L'impression qui ressort de la conférence de presse d'hier à la Maison Blanche est la manière dont il a laissé Bush dominer l'événement. Lors de la première question des journalistes, Bush a bondi pour répondre et bien coincer McCain dans un rôle d'héritier de sa politique en Irak. En réponse à cette question posée à la fois à Bush et McCain, "comment le parti républicain va-t-il convaincre les électeurs qu'il peut apporter le changement qu'ils semblent demander, que ce soit sur l'Irak ou l'économie?", Bush a  ignoré l'économie pour donner son habituel discours sur l'importance de la guerre globale contre le terrorisme. Enfin, il a laissé à McCain l'occasion d'expliquer comment il allait offrir ce changement tant attendu: "Merci Monsieur. Je n'ai rien d'autre à ajouter"...

Difficile de prendre ses distances avec l'encombrant président. A une autre question: "Etant donné la faible popularité du président Bush, ce soutien sera-t-il positif ou négatif pour vous? Et dans quelle mesure espérez-vous qu'il fasse campagne pour vous?", McCain répond "J'espère qu'il fera campagne pour moi autant que son emploi du temps chargé le lui permet".

Les démocrates l'espèrent également de tout coeur...


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05 mars 2008

Hillary is back? OH YEAH !

Et maintenant, que va-t-il se passer?

Elle ne pouvait pas perdre hier, et heureusement elle a fait ce qu'il fallait. Les petits états de Nouvelle-Angleterre n'ont pas présenté de surprise, Hillary remportant comme prévu le Rhode Island (58% à 40%) et Obama gagnant le Vermont (60% contre 38%). La grande nouvelle de la soirée a été la victoire de Clinton dans l'Ohio, par 54% contre 44%, mettant enfin un coup d'arrêt à la domination absolue de Obama. Les résultats de la primaire du Texas ont été très serrés jusque tard dans la nuit, mais Hillary a gagné de justesse par 51% contre 47%.

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Les délégués n'ont pas encore été répartis exactement, et même si Hillary ne va pas énormément rattraper son retard, toute la dynamique de la compétition va changer. La machine Obama a été freinée, et c'est maintenant elle qui a le vent en poupe. Le fait qu'elle remporte ces deux gros états est révélateur du fait que les électeurs démocrates hésitent tout de même à se jeter dans les bras de Obama, et que certains pourraient avoir des doutes. Est-il capable de mettre en oeuvre le "changement" qu'il nous décrit dans ses beaux discours? Et surtout, ne va-t-il pas se faire démolir par la machine républicaine, alors que les médias l'ont pour l'instant largement épargné?

Hillary l'a dit hier soir dans son discours:

clintPour tout ceux, ici en Ohio et à travers l'Amérique, que l'on a dit finis mais qui ont refusé de se faire éliminer, pour tout ceux qui ont trébuché mais se sont immédiatement relevés, et pour tout ceux qui travaillent dur et n'abandonnent jamais, cette victoire est pour vous! Vous savez ce qu'on dit: quand l'Ohio fait son choix, le pays entier le suit. Eh bien ce pays est de retour, ainsi que cette campagne! Les gens d'Ohio l'ont dit haut et fort: nous continuons, nous sommes forts, et nous irons jusqu'au bout. Vous savez, l'Ohio est un état pivot. Un état qui sait comment choisir un président. Et aucun candidat de l'histoire récente, démocrate ou républicain, n'a remporté la Maison Blanche sans avoir gagné la primaire de l'Ohio. Vous savez que si nous voulons un président démocrate, nous avons besoin d'un nominé démocrate qui puisse gagner des états pivots comme l'Ohio. Et c'est ce que nous avons fait.

C'est un bon argument: l'Ohio a été un des états les plus serrés des dernières présidentielles, et si Al Gore ou John Kerry avaient remporté l'état, ils auraient été élus. Or, Obama n'a été capable que de remporter quelques régions urbaines, alors que Hillary a balayé tout le reste de l'état. Même remarque pour le Texas, où Obama a limité le dégâts en remportant largement le vote des grandes villes comme Houston ou Dallas. Voyez les cartes ci-dessous. Les régions claires indiquent les comtés remportés par Hillary Clinton et les zones foncées sont ceux de Obama.

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Voilà qui ressemble beaucoup aux résultats habituels d'une élection générale: un candidat (le démocrate) gagne toutes les villes et l'autre (le républicain) remporte les zones rurales. Sauf qu'ici, Hillary est dans le rôle de la républicaine... Quoi qu'il en soit, il n'est pas forcément très encourageant en vue de l'élection générale que Obama ne soit capable d'arriver en tête que dans 5 comtés sur 88 dans l'Ohio...

Bref, la dynamique de la compétition va changer. Le procès de l'homme d'affaire Rezko, lié à Obama dans quelques affaires douteuses, vient de débuter et est susceptible d'écorner un peu son image de politicien "neuf" et "frais" et loin de tous les travers de Washington.
Surtout, les doutes vont devenir de plus en plus importants, et certains auront peut-être peur de la bataille qui s'annonce contre John McCain, "expérience contre inexpérience"...

D'ailleurs, même si Clinton aura de la peine à rattraper son retard dans le nombre de délégués ordinaires (plus d'une centaine de retard), la différence se fera avec les super-délégués, au nombre de presque 800. Même s'il peut sembler scandaleux que leur vote puisse contrecarrer la volonté des électeurs, Clinton pourra faire valoir plusieurs arguments. Notamment, si elle parvient à réduire son écart dans le vote populaire (le nombre de voix reçues au total), elle pourra dire que les choses sont très serrées de toute manière et qu'il appartient aux superdélégués de faire le choix final. Egalement, il y a encore l'histoire des délégués de Floride et du Michigan qui ne va pas disparaître si facilement: comptez sur la campagne Clinton pour se battre pour que ces états soient comptés d'une manière ou d'une autre (quitte à organiser de nouvelles élections, une idée qui semble faire son chemin).

Bref, Hillary a encore plus d'une corde à son arc, et la dynamique de la campagne lui est maintenant favorable!

(Lire aussi l'article ci-dessous pour une vision plus pessimiste des choses: "Hillary is back? NO WAY !" )

Posté par Pat Philly à 15:39 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Hillary is back? NO WAY !

Certes, Hillary a fait ce qu'elle devait faire hier. Elle a gagné l'Ohio et elle a gagné le Texas. Vraiment? Attendez, non... En fait, elle a gagné la primaire du Texas. Les petits rigolos qui ont inventé le système d'élection se sont dit qu'il serait amusant d'organiser en plus des caucus (voir toute l'histoire ici). Et les résultats des caucus sont en train de tomber, et semblent favoriser largement Obama.

Conclusion? Les résultats étaient certes importants en terme de voix, mais regardons plutôt les résultats en terme de délégués, c'est ce qui va compter finalement:

Rhode Island (21):     Clinton 13  -  Obama   8
Vermont (15):              Clinton   6  -  Obama   9
Ohio (141):                  Clinton 75  -  Obama  66
Primaire Texas (126): Clinton 65  -   Obama  61 
Et donc au total:      Clinton 159 - Obama 144

Eh oui, donc beaucoup de bruit pour rien: avec tout ça, elle n'a gagné qu'une quinzaine de délégués de plus que son rival! Et cela sans compter le résultat des caucus du Texas qui ne sont pas encore sortis et qui vont distribuer 67 délégués. Au point où nous en sommes, Obama est largement en tête de ce scrutin-là, et on peut imaginer que le partage ressemble grosso modo à quelque chose du genre Clinton 29 - Obama 38. Et donc, la minuscule avance de 4 délégués dans la primaire du Texas sera entièrement effacée par les caucus: au final, Obama va sans doute récolter davantage de délégués au Texas que Clinton! Voilà qui rend les gros titres de journaux "Hillary gagne l'Ohio et le Texas!" plutôt insignifiants...

Et pire, au total, cela veut dire que Hillary aura probablement à peine réussi à grapiller une demi-douzaine de délégués à Obama...
Or, elle a environ 130 délégués de retard (ou "seulement" une centaine si l'on compte les super-délégués qui se sont déclarés).

delegateCalcEXDonc certes, elle aura une presse plus positive ces prochains jours, mais quoi qu'elle fasse, les chiffres sont contre elle... Et les maths peuvent être cruelles, je sais de quoi je parle... Même si elle remporte TOUS les états suivants par vingt points d'avance (60%-40% partout), elle a toujours du retard. Certes, dans ce cas, les super-délégués feront la différence et tiendront compte des dernières performances exceptionnelles, mais de toute manière il est impossible qu'elle remporte tous les prochains états avec une telle marge.

Vous pouvez vous amuser à faire vos propres projections en jouant avec ce calculateur de délégués. Ne pas oublier qu'il y a alors encore environ 800 super-délégués à prendre en compte.

Son seul espoir est qu'elle arrive à faire en sorte de compter les résultats de la Floride et du Michigan, ou encore que les super-délégués la suivent en masse (ce qui est peu probable: au contraire, beaucoup d'entre eux l'ont abandonnée pour déclarer leur soutien à Obama...)

- Il faudrait qu'elle attaque Obama très durement et qu'elle l'écrase largement en Pennsylvanie.
- Il faudrait que sa campagne fasse pression et arrange tous les deals possibles et imaginables pour convaincre (forcer la main?) des super-délégués indécis.
- Et enfin qu'elle parvienne à gagner à l'arraché une bataille à la convention.

Bref, même si en théorie elle peut encore gagner, ça ne va pas être du joli. Bref, les jeux sont faits, à moins d'un coup de tonnerre majeur ou au prix de manoeuvres peu reluisantes...

(Lire également l'article ci-dessus, offrant une perspective plus optimiste: "Hillary is back? OH YEAH !")

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03 mars 2008

Jack Nicholson, le joker de Hillary?

Les vidéos se suivent et ne se ressemblent pas. Il y a d'une part les spots promotionnels élaborés par les équipes de campagne, dont le contenu doit être approuvé officiellement par les candidats, au moyen de la phrase habituelle "Je suis Hillary Clinton et j'approuve ce message", ou "Je suis Barack Obama et j'approuve ce message", etc.

JACK_NICHOLSON_JOKER_GOSSIPD'autre part, il y a d'autres groupes qui financent ou proposent des vidéos pour soutenir leur favori (ou démolir leur adversaire...) Par exemple, cette nouvelle vidéo de Jack Nicholson, qui soutient Hillary Clinton, et contient une compilation assez comique d'extraits de ses films.

Ca commence avec son rôle mythique du Joker dans Batman: "Et maintenant, il est temps de savoir à qui vous faites confiance. Allez allez: l'argent, l'argent. A qui faites-vous confiance?", suivi du message écrit "N'avons-nous pas besoin d'un président sur qui nous pouvons compter pour être prêt dès le premier jour?"

On passe ensuite à une scène du film Shining, où l'écrivain dit au barman "Les choses pourraient être mieux, Lloyd. Les choses pourraient être bien mieux", avec le texte "Qui a un projet pour s'occuper des près de 47 millions d'Américains sans assurance maladie?"

L'autre thème important est bien sûr la maîtrise des dossiers militaires. Evidemment, c'est le rôle de l'affreux Colonel Jessep dans le film "Des hommes d'honneur" qui s'impose d'emblée: "Peut-être que, en tant qu'officiers, nous devons à ce pays que les hommes et femmes chargés de sa sécurité soient des professionnels entraînés. Oui, je suis sûr d'avoir déjà entendu ça quelque part." avec le message "Qui a un projet pour ramener nos troupes à la maison et restaurer notre crédibilité à travers le monde?"

Ensuite, dans son rôle de détective dans le film Chinatown: "Qu'est-ce que je peux te dire, mon petit? Tu as raison. Quand tu as raison, tu as raison, et tu as raison." et le texte "Voyons les choses en face pour le futur".

AfewgoodmenbutyouhathtoaskmenicelyEnsuite, les choses se précisent avec un extrait du film "Cinq pièces faciles", avec la phrase "OK, je vais être aussi clair que possible pour vous", suivie du message écrit en gros "Il nous faut Hillary Clinton comme présidente", au cas où on n'aurait pas encore compris.

Et finalement, retour du Colonel Jessep avec la réplique qui tue: "Croyez-moi Messieurs, il n'y a rien au monde de plus sexy qu'une femme devant laquelle on se met au garde-à-vous".

Avec, pour terminer bien entendu, l'image de l'acteur disant: "Je suis Jack Nicholson et j'approuve ce message".

Allez voir la vidéo ici.


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01 mars 2008

Elections au Texas, ou pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?

Le système de désignation des candidats à la présidentielle est plutôt compliqué, vous l'aurez remarqué. Dans le camp démocrate, en gros, chaque état attribue un certain nombre de délégués proportionnellement au résultat de chaque candidat. Très bien. Il y a 3253 délégués répartis de la sorte. En outre, il y a 794 "super-délégués", qui sont des membres du congrès et des personnalités démocrates, qui sont libres de voter pour le candidat de leur choix. Au total, donc, 4047 délégués. Et il faut en gagner plus de la moitié pour remporter la nomination, soit 2024.

Le Texas est un des plus grands états, et "vaut" 228 délégués au total. Parmi ceux-ci, il y a 193 délégués ordinaires qui seront répartis ce mardi, et les 35 autres sont des super-délégués. Très bien. Rien de bien méchant, donc? Les 193 délégués seront simplement distribués entre Hillary Clinton et Barack Obama proportionnellement à leurs scores dans la primaire? Ainsi, si Hillary gagne par 55% contre 45% pour Obama, elle devrait recevoir en gros 106 délégués contre 87 pour son rival?

Pas si vite!

Ce serait bien trop facile... Et ce serait ignorer à quel point les têtes pensantes qui ont établi les règles du scrutin avaient l'esprit tordu. Parce que dans le genre tordu, c'est difficile de faire plus fort que les élections au Texas. Voici comment ça se passe. Vous êtes prêts? Attachez vos ceintures...

En fait, au Texas, pour répartir ces 193 délégués, il y a la subtilité savoureuse suivante: il y a à la fois une primaire pour attribuer 126 délégués (où les électeurs vont simplement voter à bulletin secret dans leur bureau de vote, bref une élection normale) et ensuite un caucus pour les 67 autres délégués! Oui, les caucus, ce système d'élection pittoresque où les électeurs se retrouvent dans une salle, se regroupent dans un coin de la pièce selon le candidat qu'ils soutiennent, et peuvent ensuite changer d'avis selon l'influence (qui a dit les pressions?) de leurs voisins et amis...

Et même la primaire, ce n'est pas si simple: les délégués ne sont pas sélectionnés en fonction des résultats au niveau de l'état. De nouveau, ce serait bien trop facile! Le Texas est subdivisé en 31 districts sénatoriaux, et ce sont les scores au sein de chaque district qui comptent. Ensuite, chaque district rapporte un certain nombre de délégués, comme indiqué ci-dessous:

District                         District                          texas_senate2
  1     4 délégués             17     5 délégués 

  2     4 délégués             18     4 délégués 
  3     4 délégués             19     4 délégués
  4     4 délégués             20     4 délégués
  5     4 délégués             21     4 délégués
  6     3 délégués             22     3 délégués
  7     3 délégués             23     6 délégués
  8     4 délégués             24     3 délégués
  9     3 délégués             25     6 délégués
10     5 délégués             26     4 délégués      
11     4 délégués            
27     3 délégués
12     4 délégués             28     3 délégués
13     7 délégués             29     3 délégués
14     8 délégués
             30     3 délégués
15     4 délégués             31     2 délégués      
16     4 délégués          Total  126 délégués

On le voit, la plupart des districts valent 3 ou 4 délégués. Dans chaque district, les délégués sont répartis en proportion des scores. Donc dans un district de 4 délégués, si Clinton bat Obama par 60% contre 40%, elle devrait gagner 2.4 délégués contre 1.6. Et donc, en nombres entiers, ils auront finalement chacun deux délégués, et cela même si Clinton a battu Obama de 20 points à cet endroit! Concrètement, dans un district de 4 délégués, pour que la répartition soit différente de l'égalité 2-2, il faut qu'un candidat l'emporte par plus de 25 points d'écart... Donc en pratique, la plupart de ces districts-là (une quinzaine!) vont bêtement partager leurs délégués en en donnant deux à Clinton et deux à Obama, quelque soit le résultat (à moins d'une domination énorme de l'un d'eux).

mathsEn revanche, dans les districts qui ont un nombre impair de délégués, le gagnant en récupère toujours davantage, même s'il gagne de justesse! L'effet pervers de ce système est bien entendu que la campagne se concentre en priorité sur ces districts qui comptent 3 délégués, ou 5 ou 7. Eh oui, pourquoi perdre son temps ailleurs? Vous avez dit démocratique? Au total, il y a neuf districts de 3 délégués, deux districts de 5 délégués et un district de 7 délégués. En résumé, à moins d'un véritable raz-de-marée, il sera difficile à quiconque de créer un écart de plus d'une quinzaine de délégués.
La morale de l'histoire est la suivante: même une victoire assez large au niveau global ne va pas forcément se traduire par un beaucoup plus grand nombre de délégués. Et hélas pour Hillary, il lui faut absolument rattraper son retard à ce niveau-là...

Vous l'avez compris, un système pareil est susceptible de produire des résultats aberrants: on peut imaginer que le candidat recevant le plus de voix au niveau de tout le Texas termine avec moins de délégués, suivant les districts qui ont été remportés! Impossible et loufoque? Détrompez-vous: en fait, cela est déjà arrivé! Dans le Nevada, qui avait également un système de vote par districts, Hillary a gagné par 51% contre 45% mais a finalement eu un délégué de moins que Obama!

A 19h15, une fois que les primaires sont terminées, les caucus commencent! Par ce procédé, 67 autres délégués seront désignés. La participation sera peut-être très faible, puisque la plupart des gens, une fois qu'ils auront voté dans la primaire, se diront logiquement qu'ils ont fait leur devoir... sans forcément penser qu'ils peuvent en plus participer au caucus!
Habituellement, Clinton est plus performante dans les primaires, et Obama est très fort dans les états qui ont tenu des caucus (où l'organisation sur le terrain est cruciale). Il est donc très possible que mardi, Clinton remporte la primaire, mais que Obama gagne le caucus! Là où ça devient intéressant, c'est que le résultat des primaires va tomber dans la soirée, alors que les scores finaux des caucus paraîtront sans doute bien plus tard. On peut donc imaginer que Hillary va profiter de sa "victoire" éventuelle dans la primaire, et que le retour de manivelle n'ait lieu que bien plus tard lorsque les autres résultats tomberont.

Quoi qu'il en soit, n'ayez pas peur si vous n'avez rien compris: les équipes des candidats sont aussi un peu perplexes, et auraient menacé d'entreprendre des actions en justice pour protester contre ce système invraisemblable...

Posté par Pat Philly à 20:57 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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