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La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

20 mars 2008

Guerre Clinton-Obama: où en sommes-nous au juste?

Alors qu'il n'y a plus d'élections avant un bon mois, il est temps de s'arrêter un moment et de voir où nous en sommes dans le match Clinton-Obama pour remporter la nomination démocrate.

Si l'on en croit la plupart des commentateurs et analystes, Obama est désormais inévitable...

Euh... attendez une minute: n'était-ce pas ces mêmes "experts" qui, durant toute l'année 2007, claironnaient que Clinton était inévitable? J'ai récemment écrit deux articles antagonistes, l'un décrivant pourquoi les résultats du 4 mars représentaient un changement majeur en faveur de Hillary, un autre disant que cela ne changerait pas grand chose.
Bon, alors qu'en est-il réellement? Essayons de résumer la situation de manière objective...

Tout d'abord, n'allez pas croire que je pense que Hillary va probablement remporter la nomination. Loin de moi cette idée. En fait, je pense qu'elle va probablement perdre. Cependant, n'en déplaise à certains, je pense qu'elle a encore une chance de gagner. Une chance peut-être pas beaucoup plus grande que 20 ou 30%, mais rien de négligeable. Pourquoi peut-elle garder espoir? Résumons la situation...

  • Obama sera presque certainement en tête du nombre de délégués ordinaires une fois que tous les états auront voté. Il pourrait avoir une cinquantaine, voire une petite centaine de délégués d'avance. Cependant, en soi, cela ne compte pas: le nominé doit remporter une majorité de tous les délégués pour remporter la nomination, soit environ 2025.
  • Obama n'arrivera pas à dépasser le seuil de 2025 avec les délégués ordinaires, ce qui signifie que la décision appartiendra aux super-délégués qui, rappelons-le, sont libres de voter comme bon leur semble. Or comme ils sont au nombre de 800 environ, cela peut tout à fait effacer l'avance dont pourrait jouir Obama à ce stade, et renverser les résultats.
  • Cela signifie que les deux candidats vont devoir convaincre les super-délégués de voter pour eux, en ayant de solides arguments. Tous deux vont devoir faire valoir qu'il ou elle est le choix qu'il faut pour le parti démocrate.
  • Un argument évident est le total des délégués ordinaires amassés grâce aux primaires et caucus. Obama pourra dire: "J'ai remporté davantage de délégués ordinaires, donc je suis le choix légitime du parti. Il serait malvenu d'aller à l'encontre du choix des électeurs". Cependant, le système de répartition des délégués favorise un peu Obama. En effet, si l'on répartissait les délégués selon les règles républicaines (le gagnant de chaque état remporte le tout), c'est Hillary qui serait en tête! (avec quasiment 200 délégués d'avance...) De plus, Obama a remporté beaucoup d'état tenant des caucus, qui sont bien moins représentatifs de la population, à cause d'une participation très faible.
  • Un autre manière de convaincre les super-délégués qu'on est le plus légitime est au travers du résultat du vote populaire. Cela pourrait être tout aussi persuasif que l'argument consistant à considérer les délégués ordinaires. A ce compte-là, Obama est toujours en tête d'environ 700'000 voix (13.3 millions de votes contre 12.7 pour sa rivale). Cependant, si l'on compte la Floride, l'écart se réduit à 400'000 voix. Et si l'on compte également le Michigan, l'avance de Obama est de moins de 100'000 voix. Bref, avec les prochaines primaires, même si Hillary n'arrivera probablement pas à dépasser Obama dans le nombre de délégués ordinaires, il n'est pas exclu qu'elle remporte le vote populaire.

En conclusion: ces considérations impliquent un scénario tout à fait crédible - bien que peu probable! - pour une victoire de Clinton. Il faudrait au moins qu'elle prenne la tête dans le vote populaire. Ou au moins une des manières de compter le vote populaire (en comptant ou non les états voyous Floride et Michigan). Pour ce faire, il lui faut une victoire écrasante en Pennsylvanie. Une petite victoire à l'arraché ne suffira pas: il lui faut une marge importante. Ca tombe bien, les derniers sondages la donnent en tête de presque 20 points en moyenne.
Ensuite, il faut qu'elle se batte en Caroline du Nord pour ne pas perdre du terrain. Cet état plutôt favorable à Obama pourrait être crucial: une large victoire de Obama pourrait mettre fin aux espoirs de Clinton, une égalité pourrait grandement l'aider dans sa quête du vote populaire.

Si elle parvient à gagner le vote populaire - et il y a un grand si - elle devra entreprendre de persuader les super-délégués. Dans un sens, cela sera plus difficile à faire pour elle, puisque Obama aura davantage de délégués ordinaires. Ainsi, si on veut, elle aura gagné une majorité des votes, mais "lui aussi"...

Voilà donc sa stratégie: revenir en force pour gagner le vote populaire, et utiliser cet argument pour convaincre les super-délégués. Une stratégie difficile, mais pas impossible. Il est possible que tout se termine par une large victoire de Obama en Caroline du Nord, mais il est aussi possible qu'elle gagne largement la Pennsylvanie, maintienne la Caroline du Nord très serrée et remporte largement l'Indiana (le même jour). Il restera alors seulement le Kentucky, la Virginie occidentale, Puerto Rico, le Montana, l'Orégon et le Dakota du Sud.

Encore largement de quoi nous tenir (un peu) en haleine pendant quelques longues semaines...

Posté par Pat Philly à 21:43 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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