Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

05 mars 2008

Hillary is back? OH YEAH !

Et maintenant, que va-t-il se passer?

Elle ne pouvait pas perdre hier, et heureusement elle a fait ce qu'il fallait. Les petits états de Nouvelle-Angleterre n'ont pas présenté de surprise, Hillary remportant comme prévu le Rhode Island (58% à 40%) et Obama gagnant le Vermont (60% contre 38%). La grande nouvelle de la soirée a été la victoire de Clinton dans l'Ohio, par 54% contre 44%, mettant enfin un coup d'arrêt à la domination absolue de Obama. Les résultats de la primaire du Texas ont été très serrés jusque tard dans la nuit, mais Hillary a gagné de justesse par 51% contre 47%.

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Les délégués n'ont pas encore été répartis exactement, et même si Hillary ne va pas énormément rattraper son retard, toute la dynamique de la compétition va changer. La machine Obama a été freinée, et c'est maintenant elle qui a le vent en poupe. Le fait qu'elle remporte ces deux gros états est révélateur du fait que les électeurs démocrates hésitent tout de même à se jeter dans les bras de Obama, et que certains pourraient avoir des doutes. Est-il capable de mettre en oeuvre le "changement" qu'il nous décrit dans ses beaux discours? Et surtout, ne va-t-il pas se faire démolir par la machine républicaine, alors que les médias l'ont pour l'instant largement épargné?

Hillary l'a dit hier soir dans son discours:

clintPour tout ceux, ici en Ohio et à travers l'Amérique, que l'on a dit finis mais qui ont refusé de se faire éliminer, pour tout ceux qui ont trébuché mais se sont immédiatement relevés, et pour tout ceux qui travaillent dur et n'abandonnent jamais, cette victoire est pour vous! Vous savez ce qu'on dit: quand l'Ohio fait son choix, le pays entier le suit. Eh bien ce pays est de retour, ainsi que cette campagne! Les gens d'Ohio l'ont dit haut et fort: nous continuons, nous sommes forts, et nous irons jusqu'au bout. Vous savez, l'Ohio est un état pivot. Un état qui sait comment choisir un président. Et aucun candidat de l'histoire récente, démocrate ou républicain, n'a remporté la Maison Blanche sans avoir gagné la primaire de l'Ohio. Vous savez que si nous voulons un président démocrate, nous avons besoin d'un nominé démocrate qui puisse gagner des états pivots comme l'Ohio. Et c'est ce que nous avons fait.

C'est un bon argument: l'Ohio a été un des états les plus serrés des dernières présidentielles, et si Al Gore ou John Kerry avaient remporté l'état, ils auraient été élus. Or, Obama n'a été capable que de remporter quelques régions urbaines, alors que Hillary a balayé tout le reste de l'état. Même remarque pour le Texas, où Obama a limité le dégâts en remportant largement le vote des grandes villes comme Houston ou Dallas. Voyez les cartes ci-dessous. Les régions claires indiquent les comtés remportés par Hillary Clinton et les zones foncées sont ceux de Obama.

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Voilà qui ressemble beaucoup aux résultats habituels d'une élection générale: un candidat (le démocrate) gagne toutes les villes et l'autre (le républicain) remporte les zones rurales. Sauf qu'ici, Hillary est dans le rôle de la républicaine... Quoi qu'il en soit, il n'est pas forcément très encourageant en vue de l'élection générale que Obama ne soit capable d'arriver en tête que dans 5 comtés sur 88 dans l'Ohio...

Bref, la dynamique de la compétition va changer. Le procès de l'homme d'affaire Rezko, lié à Obama dans quelques affaires douteuses, vient de débuter et est susceptible d'écorner un peu son image de politicien "neuf" et "frais" et loin de tous les travers de Washington.
Surtout, les doutes vont devenir de plus en plus importants, et certains auront peut-être peur de la bataille qui s'annonce contre John McCain, "expérience contre inexpérience"...

D'ailleurs, même si Clinton aura de la peine à rattraper son retard dans le nombre de délégués ordinaires (plus d'une centaine de retard), la différence se fera avec les super-délégués, au nombre de presque 800. Même s'il peut sembler scandaleux que leur vote puisse contrecarrer la volonté des électeurs, Clinton pourra faire valoir plusieurs arguments. Notamment, si elle parvient à réduire son écart dans le vote populaire (le nombre de voix reçues au total), elle pourra dire que les choses sont très serrées de toute manière et qu'il appartient aux superdélégués de faire le choix final. Egalement, il y a encore l'histoire des délégués de Floride et du Michigan qui ne va pas disparaître si facilement: comptez sur la campagne Clinton pour se battre pour que ces états soient comptés d'une manière ou d'une autre (quitte à organiser de nouvelles élections, une idée qui semble faire son chemin).

Bref, Hillary a encore plus d'une corde à son arc, et la dynamique de la campagne lui est maintenant favorable!

(Lire aussi l'article ci-dessous pour une vision plus pessimiste des choses: "Hillary is back? NO WAY !" )

Posté par Pat Philly à 15:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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