Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

03 octobre 2008

Après le débat Biden-Palin

bidenpalindebateBiden et Palin se sont donc affrontés hier soir, dans un débat qui fut cordial mais incisif, où chacun a clairement attaqué les positions de l'autre parti sans s'attaquer l'un l'autre. C'est la première fois qu'ils se rencontraient, et alors qu'ils se sont serré la main en entrant sur le plateau, Palin a demandé à Biden si elle pouvait l'appeler "Joe", ce qu'il a accordé. Mais il n'est pas tombé dans le panneau et ne s'est jamais permis de l'appeler Sarah pour éviter de paraître irrespectueux: au contraire il a mis un point d'honneur à l'appeler "gouverneur".

Biden connaissait clairement son sujet, comme on peut s'attendre de quelqu'un qui a passé 36 ans au Sénat. Palin était visiblement plus nerveuse et moins assurée, mais de loin pas aussi mauvaise que lors des dernières interviews désastreuses qu'elle avait données. En fait, comme je l'indiquais hier, elle a réussi à ne pas se ridiculiser et à aller au-delà des attentes qui étaient ridiculement basses. Elle étaient clairement très préparée, avec des réponses toutes faites sur plusieurs thèmes. Le problème était qu'il lui fallait placer ses textes appris par coeur de façon judicieuse dans le débat, ce qui était moins évident. Du coup, elle répondait souvent à côté de la question posée, et la journaliste de l'a pas relancée comme Katie Couric l'avait fait. (Quelques extraits de Sarah Palin ici, avec les réactions de Biden).

Biden n'avait pas besoin de faire grand chose, mais il a tout de même bien enfoncé le clou pour lier McCain à la politique de Bush (un extrait ici) ou pour dire que McCain n'a rien d'un "maverick", comme Sarah Palin s'est plu à le répéter à de nombreuses reprises (l'extrait ici). Un grand moment d'émotion lorsqu'il ravale ses larmes en évoquant la mort tragique de son épouse dans un accident (l'extrait ici).

bidenpalindebate2En conclusion, Palin n'a pas fait de gaffe énorme (elle a seulement appelé le général américain aux commandes en Afghanistan "McClellan" au lieu de McKiernan), et cela devrait arrêter sa chute de popularité. Une nouvelle performance désastreuse aurait sans doute achevé la campagne McCain , déjà en très mauvaise posture à un mois de l'élection. Mais elle n'aura sans doute pas contribué à sauver les meubles pour son camp. Un sondage CBS montre que, parmi les personnes indécises, 46% ont pensé que Biden avait remporté le débat contre 21% pour Palin (et 33% qui ont pensé que c'était une égalité). Un sondage CNN a donné la victoire à Biden par 51% contre 36%. Bien sûr, 84% ont pensé que Palin avait été meilleure que prévu (et 64% ont pensé que Biden avait été meilleur que prévu), mais cela ne change pas grand chose. A la question de savoir si Palin est qualifiée pour assurer la présidence: avant le débat, c'est 42% oui et 54% non. Après le débat, c'est 46% oui et 53% non. Une légère amélioration, donc, mais rien de phénoménal.

Quelques commentaires des analystes politiques, pas tous très favorables pour la candidate républicaine:

  • Torie Clark (ex-collaborateur de McCain et de l'administration Bush): "Joe Biden a eu une grande soirée. Il avait une mission: attaquer McCain et il l'a fait, appuyé par des chiffres."
  • Alex Casellanos, CNN: "Vous savez, les républicains ne vont pas gagner des débats sur l'Irak, peu importe qui vous mettez sur la scène. En général, nous avons eu une semaine difficile en tant que républicains. Vous savez, cela n'a pas été notre meilleure semaine."
  • Chris Matthews, MSNBC: "Non seulement il a semblé qu'elle a dit ne plus vouloir faire d'interviews, mais elle a dit qu'elle n'écouterait pas les questions du débat. Elle a dit qu'elle n'allait pas donner les réponses que la journaliste pose. Quelle déclaration extraordinaire."
  • Bob Schieffer, CBS: "Je dois dire, j'ai trouvé cela plutôt déconcertant que le gouverneur Palin choisisse de ne pas répondre aux questions et se lance dans une tirade, parfois des sujets de discussion tout préparés, sans vraiment s'occuper de la question qui avait été posée."
  • Bob Schneider, CNN: "Les réponses de Palin ne manquent pas d'assurance, elles manquent de cohérence."
  • TIME: "Palin n'a pas fait de grossière erreur, mais elle n'a pas non plus rassuré sur sa capacité à assumer la présidence. (...) Avec cette déclaration de conclusion, on dirait qu'elle donne un discours à des jeunes républicains. Ca fait vraiment amateur."
  • Eugene Robinson, Washington Post: "Après une heure de débat, Joe Biden a commencé une réponse en disant "Les faits sont importants". Pour lui peut-être. Pour Sarah Palin peut-être pas. Pour l'instant, le schéma a été Biden qui présente des faits et Palin qui réplique en... disant des trucs. Parfois elle lance un fait, mais en général elle semble offrir une suite de positions approximatives, de louanges de l'esprit américain, d'interprétations discutables du bilan de Barack Obama et d'anecdotes de l'Alaska."
  • Ben Smith, Politico: "Au fur et à mesure que le débat avançait, Biden est devenu plus concret, Palin plus abstraite."
  • E.J. Dionne, Washington Post: "Jouer avec sa candidature présidentielle, c'est le droit de John McCain. Mais jouer avec le pays, qu'il dit placer en premier, est une chose entièrement différente. Et le débat vice-présidentiel a eu lieu précisément au moment où une majorité d'Américains décident qu'avoir Palin si proche de la présidence est plus qu'effrayant."

Vous pouvez voir l'intégralité du débat ici, avec la retranscription. Et voici pour rigoler le diagramme logique de préparation pour Sarah Palin...

palinflowchart

    

Posté par Pat Philly à 14:22 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    J'ADOOORE ce schema !

    Tres drole !

    Posté par Stephanie, 06 octobre 2008 à 13:49

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