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Les élections américaines, live from Philly
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9 janvier 2008

Que s'est-il donc passé?

Maintenant que toute l'excitation de mardi soir est un peu retombée, il est temps de revenir sur cet événement majeur qui restera sans doute comme un des plus grands rebondissements des élections présidentielles américaines. J'ai nommé: la victoire inattendue de Hillary Clinton, alors qu'une vingtaine de sondages consécutifs la donnaient largement battue de presque 10 points en moyenne.
Depuis mardi soir, les experts se confondent en théorie fumeuses pour tenter de comprendre ce qui a conduit à une telle faillite des sondages.

Ce qui est le plus intéressant, c'est que, en moyenne, les sondages ont prédit assez précisément le résultat de Obama ( 36.4%), tandis qu'ils ont largement sousestimé le résultat de Clinton (39.1%).
Passons en revue brièvement, certaines tentatives d'explications souvent avancées:

1. Tout s'est-il passé le dernier jour?

Il est possible que les sondages aient été exacts: en effet, les derniers sondages effectués durant le week-end n'ont peut-être pas pu déceler les éventuels changements qui ont pu se produire lundi et le jour même de l'élection. Il est donc possible qu'ils aient juste manqué le fort mouvement en direction de Hillary dans les dernières heures, alors que les derniers indécis faisaient leur choix. En effet, les pointages à la sortie des urnes indiquent que 17% des électeurs affirmaient avoir fait leur choix le jour de l'élection et encore 21% à avoir décidé les 3 jours précédents.

Pourquoi un retour vers Clinton à la fin? Il ne s'est pas passé grand chose les derniers jours de la campagne: il y a bien sûr eu un débat samedi soir, où Clinton a fait une plutôt bonne prestation et a eu l'occasion d'adoucir un peu son image glaciale et calculatrice en faisant un peu d'humour. Un des échanges du débat:
Le journaliste, à Clinton: Que pouvez-vous dire aux électeurs qui apprécient votre expérience et votre carrière, mais hésitent sur des questions de personnalité, et semblent trouver Barack Obama plus sympathique?
Clinton: Eh bien, cela me fait beaucoup de peine...
Journaliste: Désolé, sénateur, désolé.
(rires)
Clinton: Mais je vais essayer d'aller de l'avant... Oui, il est très sympathique. Je ne crois pas être si horrible.
Obama: Vous êtes assez sympathique, Hillary. (You're likeable enough, Hillary)
Clinton: Oh, merci.

Cet échange était assez comique à regarder, et paradoxalement la remarque d'Obama - plutôt sympa, j'ai trouvé - a pu être mal perçue par certaines personnes et déjà le soir-même des commentateurs disaient que ça pourrait lui coûter quelques voix.

Mais évidemment, l'autre seule chose qu'il y a eu en fin de campagne, c'est le moment d'émotion dont je vous parlais, où Clinton aurait un peu fendu l'armure et laissé entrevoir un soupçon d'humanité lorsqu'elle a parlé de la campagne avec la voix un peu brisée. C'est drôle, parce que les médias européens se sont empressés de conclure que c'était un grave dérapage pour elle, que craquer pendant la campagne allait la couler définitivement. C'était bien mal connaître la campagne actuelle: bien sûr que pour une femme, elle a davantage à prouver en terme de force et de dureté, mais justement cela n'est pas un problème pour elle. Elle a mis un point d'honneur à apparaître dure et sans concession sur le terrorisme (même s'il a fallu voter en faveur de la guerre en Irak et apparaître comme un faucon pour l'aile gauche du parti démocrate), si bien qu'elle avait plutôt besoin de montrer un peu de chaleur et d'humanité, ce qu'elle a fait au bon moment (était-ce prémédité ou non, peu importe).

En fait, ce n'est peut-être pas tant le moment d'émotion en lui-même qui lui a attiré la sympathie des électeurs à la dernière minute, mais plutôt la manière dont les médias se sont déchaînés pour l'enfoncer encore.

2. Les indépendants auraient-ils été surestimés?
Il est possible que les sondages aient compté sur une plus grande proportion d'électeurs indépendants, alors que beaucoup d'entre eux ont finalement choisi de voter pour McCain dans le scrutin républicain. En gros, 60% des indépendants auraient voté avec les démocrates et 40% avec les républicains.
La théorie veut que, puisque Obama était tellement assuré de remporter la primaire largement, beaucoup d'indépendants se sont dit que leur voix n'allait pas changer grand chose et ont donc opté pour la primaire républicaine. Visiblement, ils ont été tellement nombreux à faire ce raisonnement que cela s'est retourné contre Obama.
En effet, parmi les indépendants, Obama a gagné 41% contre seulement 31% pour Clinton.
En revanche, la victoire de Clinton vient principalement des électeurs inscrits en tant que démocrates, dont elle a reçu 45% des suffrages (contre 34% à Obama).

3. Un effet Bradley?
Cet effet est nommé d'après Tom Bradley, ancien maire Noir de Los Angeles qui dominait tous les sondages mais a finalement perdu l'élection. Un effet similaire semble s'être produit à plusieurs reprises dans les années 80, où le soutien des candidats Noirs étaient souvent surévalués dans les sondages. La théorie est que certains sondés n'osent pas clairement affirmer qu'ils ont l'intention de voter contre un candidat Afro-Américain, parce que ça serait "mal vu".
Difficile de dire que cela a eu un impact dans le cas qui nous occupe. En effet, les sondages automatisés (où les personnes interrogées ne parlent pas directement à un enquêteur) semblaient donner une marge de victoire similaire à Obama.

4. L'ordre de placement sur les bulletins de vote?
Le nom de Clinton était placé en premier sur les bulletins de vote. Certains politologues soutiennent que le premier nom sur un bulletin est davantage susceptible de recevoir des voix...

5. Une vaste conspiration?
Evidemment, c'était à prévoir, il y a aussi tout ceux qui insistent sur le fait qu'une telle différence entre sondages et résultats ne peut qu'avoir été causée par des fraudes massives... Notons tout de même que dans le New Hampshire, il n'y pas les fameuses machines automatiques qui ne laissent aucune trace: chaque vote conserve une trace sur papier.

Davantage plus tard sur la suite des événements...

Pat - live from Philly

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