New Hampshire, jour J
Et c'est parti pour le deuxième round. Le deuxième round où Hillary compte bien résister à Obama et montrer au petit nouveau qu'il ne faut pas trop jouer avec la machine Clinton.
Oui mais...
Les choses ne s'annoncent guère encourageantes pour celle qui a déjà trébuché jeudi dernier et ainsi perdu son aura d'invincibilité. Eh oui, on l'a dit, la grande inconnue était de savoir dans quelle mesure les résultats de l'Iowa allaient influencer le New Hampshire. Après tout, les deux premiers états n'ont pas toujours voté de façon identique, loin s'en faut. Et de toute façon, l'Iowa a plutôt la facheuse habitude de sélectionner des losers. Voyez plutôt l'histoire:
Pour les démocrates:
1972: Muskie (perdra la nomination) - 1976: Carter (gagnera l'élection) - 1980: Carter (sera nominé mais perdra l'élection générale) - 1984: Mondale (nominé mais perdra l'élection générale) - 1988: Gephardt (perdra la nomination) - 1992: Harkin (perdra la nomination) - 1996: Clinton (président sortant, pas d'opposition interne) - 2000: Al Gore (nominé mais perd l'élection) - 2004: Kerry (nominé mais perd l'élection)
Pour les républicains:
1980: Bush (perdra la nomination) - 1984: Reagan (président sortant, pas d'opposition) - 1988: Dole (perdra la nomination) - 1992: Bush (président sortant, pas d'opposition - perdra l'élection) - 1996: Dole (sera nominé mais perdra l'élection) - 2000: Bush (gagnera l'élection... Oui enfin plus ou moins)
Bref, tout cela n'est pas brillant. Pourtant, historiquement, le gagnant de l'Iowa jouit d'une poussée importante dans les sondages (une dizaine de points en moyenne). Qu'en est-il cette fois-ci? Eh bien, alors que Clinton avait avant l'Iowa une avance de 7 points en moyenne dans le New Hampshire, Obama arrive maintenant en tête dans quasiment tous les sondages (parmi les plus de 20 enquêtes qui ont été effectuées depuis jeudi dernier...), avec en moyenne une avance de l'ordre de 8 points.
Conclusion: un mouvement énorme d'une quinzaine de points en direction d'Obama, si bien que Hillary s'apprête certainement à tendre l'autre joue pour se prendre une deuxième raclée de suite...
Ainsi, dans un renversement de situation incroyable, Obama est désormais clairement le grand favori pour la nomination démocrate, et il semble déjà que les chances de Hillary soient maintenant bien minces. En effet, d'ores et déjà, les sondages au niveau national se sont dangereusement rapprochés: alors qu'elle disposait d'une avance de plus de 20 points, un sondage récent donne une égalité au niveau national (Obama et Clinton à 33% chacun, avec Edwards à 20%). Bien sûr, il ne s'agit que d'un sondage, mais d'autres enquêtes semblent aller dans le même sens.
Alors imaginez ce qui se passera demain lorsque (ou plutôt si) Obama remporte sa deuxième victoire. Le gain dans les sondages s'en sera que plus fort et il pourrait bien remporter les états suivants.
Alors, Hillary, morte et enterrée? Bien sûr que non, mais ça va être difficile... Comment peut-elle encore s'en sortir?
* Actuellement, il semble bien qu'elle pourrait subir une véritable correction ce soir, en se faisant battre peut-être d'une dizaine de points. En revanche, si elle arrive à limiter les dégâts et terminer disons moins de 5 points derrière Obama, elle peut éventuellement essayer de faire passer ça comme une quasi-égalité...
* Il y a le vote dans le Michigan la semaine prochaine. Bien que Obama et Edwards se soient retirés du scrutin (nous en reparlerons), sa victoire assurée peut enrayer la spirale de presse négative qu'elle aura subie ces derniers temps.
* Il faut tout de même avouer que, en tant que favorite des sondages depuis une année, Clinton a essuyé bien plus de critiques et que ses propositions et rares gaffes ont reçu bien plus d'attention que ses adversaires. Obama a réussi à éviter la plupart des critiques dans les médias et son passé et son historique de votes au sénat et dans l'Illinois ont été relativement peu examinés. Bien sûr, demain, lorsqu'il deviendra clair qu'il peut décidément bel et bien être le candidat démocrate à la Maison Blanche, les gens vont peut-être commencer à réfléchir un peu et à se demander plus précisément qui il est. Clinton a déjà commencé à asséner ces derniers jours qu'il n'est qu'un beau parleur sans profondeur et que "il ne suffit de pas de parler joliment d'espoir et de changement pour que cela se fasse".
* Vous avez peut-être entendu que Hillary s'est laissé aller à un rare moment d'émotion où elle aurait presque retenu ses larmes. Cela n'est pas forcément négatif: au contraire, son principal problème est qu'elle est perçue comme froide et calculatrice, alors un peu d'humanité de peut qu'aider à lui attirer un peu de sympathie. Maintenant, évidemment, les mauvaises langues diront que le moment d'émotion était prémédité et calculé...
Je vous laisse juges: http://youtube.com/watch?v=nee_AFordWE
Enfin, mentionnons encore une particularité subtile du scrutin du New Hampshire, qui est susceptible d'influencer l'élection d'aujourd'hui! Il s'agit d'une "primaire ouverte", c'est-à-dire que les personnes qui ne sont pas affiliées à un parti (les indépendants, qui constituent pas moins de 40% des électeurs de l'état) peuvent choisir de voter soit dans la primaire démocrate, soit dans la primaire républicaine... Mais attention, ils ne peuvent participer qu'à la primaire d'un seul parti! Tout dépend donc dans quel parti les indépendants vont majoritairement choisir de voter.
Une forte participation d'indépendants dans la primaire démocrate devrait favoriser Obama, qui leur doit déjà une grande part de son succès dans l'Iowa. Et c'est probablement ce qui va se passer, vu la piètre popularité du parti républicain... Néanmoins, une forte participation d'indépendants à la primaire républicaine devrait favoriser John McCain, qui est déjà en tête des sondages actuellement, infligeant du même coup une seconde défaite humiliante à Mitt Romney qui avait tant investi dans les deux premiers états. Le problème pour McCain est que Obama aura tendance à attirer à lui beaucoup d'indépendants...
Souvenez-vous, en 2000, McCain avait déjà remporté les primaires du New Hampshire, relancant brièvement la course à la nomination républicaine qui semblait toute acquise à Bush. A l'époque cependant, il y avait assez peu de suspense du côté démocrate, puisque Al Gore était largement favori pour la nomination, et donc les indépendants ont plutôt participé à la primaire républicaine. Cette fois, McCain n'aura pas cette chance...
Ne nous y trompons pas, je m'attends à ce que Obama ET McCain remportent les primaires de ce soir, mais l'ampleur de leur victoire pourrait dépendre de cette particularité du scrutin.
Va-t-on donc avoir McCain du côté républicain, comme nominé? Là aussi, ce serait un sacré renversement de tendance, après l'état de mort clinique dans lequel était sa campagne l'été dernier.
Quoi qu'il en soit, rien ne sera vraiment fini demain. Hillary est loin d'avoir dit son dernier mot et les Clinton ne sont jamais meilleurs que lorsqu'ils ont le dos au mur - Romney n'est pas entièrement mort non plus, et Giuliani peut peut-être rebondir le 5 février...
C'est sûr, les prochaines semaines vont être sanglantes et il va y avoir du sport!
Pat - live from Philly