Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

30 octobre 2008

Phinally!

"Phinally!"  L'équipe des Phillies de Philadelphie a enfin remporté les Séries Mondiales de baseball hier soir, ce qui n'était pas arrivé depuis 1983... L'équipe de baseball locale était pourtant réputée pour avoir accumulé le plus grand nombre de défaites de l'histoire (elle s'est rendue tristement célèbre l'année dernière en atteignant le record peu enviable de 10'000 défaites).

phillieswin2La nuit dernière pourtant, les Phillies ont remporté les World Series! Vu que c'est la première fois depuis 25 longues années, cette victoire, six jours avant l'élection présidentielle, est vue par beaucoup de superstitieux comme le signe que l'on s'achemine effectivement vers quelque chose de spécial. C'est sûr, si, il y a quelques années, on avait dit aux habitants de Philadelphie que leur équipe des Phillies gagnerait les World Series la même semaine où les Etats-Unis éliraient leur premier président afro-américain, tout le monde vous aurait ri au nez. Voilà qui faisait partie de ces événements impensables. Et à présent il est possible que tous les deux aient bien lieu...

Voilà qui a mis fin à la fameuse malédiction de William Penn. Sur l'hôtel de ville de Philadelphie trône une statue de William Penn, fondateur de la ville. Durant des décennies, il était entendu qu'aucun bâtiment de la ville ne pourrait être plus élevé que la statue de Penn, qui domine la rue d'un hauteur de 167 mètres. L'accord tacite a été rompu en 1987 avec la construction des tours du Liberty Place, gratte-ciel qui dépassent largement la fameuse statue. Et dès lors, plus aucune équipe de la ville n'a remporté de championnat national alors qu'elles avaient enregistré de nombreux succès auparavant. Voilà donc enfin la malédiction de William Penn brisée.

Inutile de préciser que la ville était en liesse. Sur la grande artère qui traverse le centre-ville, Broad Street, des dizaines de milliers de personnes se sont réunis après le match. La foule en folie escaladait les kiosques à journaux, les bouches de métro, les lampadaires. Tout le monde heureux, tout le monde applaudissant. La foule a semble-t-il commencé à chanter "O-ba-ma!" à côté du logique "Let's go Phillies!". Encore et encore, les supporters en folie disaient "Recommençons ceci mardi prochain!"

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Car oui, nous sommes la plus grande ville du pays située dans un état disputé de la présidentielle. Et puisque la malédiction de William Penn est rompue, beaucoup pensent que tout est désormais possible... même qu'un démocrate remporte enfin la Maison Blanche.

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Le spot publicitaire de Obama

Barack Obama a donc diffusé son spot publicitaire exceptionnel de 30 minutes sur plusieurs chaînes nationales en parallèle. C'était un montage de scènes filmées à travers toute l'Amérique (et particulièrement dans les états clés...), préparé de façon très professionnelle avec une musique de fond bien solennelle. Bien que Obama ait répété plusieurs points de son programme, tels que les baisses d'impôts pour la classe moyenne et l'assurance maladie, l'importance résidait davantage dans le ton et la présentation. On le voyait parler à des foules en liesse, expliquant sans cesse comment il aiderait la classe moyenne. Il y avait des scènes de Obama s'adressant à la nation directement depuis un bureau ressemblant étrangement au bureau ovale sans que ça en ait trop l'air...

Dans les scènes présentant des familles américaines et leurs problèmes, on a un vieil homme de 72 ans qui explique qu'il a dû recommencer à travailler pour pouvoir payer les médicaments de son épouse. Une autre séquence montre une mère célibataire qui se lève avant l'aube et a deux emplois afin de pouvoir nourrir ses enfants. Au final, il est difficile d'imaginer que les téléspectateurs aient pu penser que Obama est un débutant pas prêt à assurer la présidence.

Pour la vidéo, c'est ici. A la fin de ce message enregistré, l'image a montré en direct 3 minutes du discours que Obama donnait à ce moment-là en Floride. Timing incroyablement bien géré... Voici la partie en direct de Floride.

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Commentaire sur le vif (George Stephanopoulos de ABC): "C'était une demi-heure de télévision incroyablement compétente techniquement et très bien produite. C'était conçu pour faire en sorte que les électeurs soient à l'aise avec l'idée de Barack Obama dans le bureau ovale, montrer qu'il est proche des Américains moyens et sait exactement ce qu'ils endurent. Chaque phrase durant ces 30 minutes était quelque chose qui marchait et plaisait aux électeurs indécis. Ce que vous avez vu là était une performance virtuose, hautement compétente et professionnelle. Ils ont pu d'abord diffuser leur message de 28 minutes pour ensuite rejoindre en direct leur meeting en Floride et terminer par le logo Obama-Biden montrant un soleil levant. Une des choses que la campagne sait est que le candidat présidentiel le plus optimiste gagne toujours."

Il est aussi intéressant de noter la réponse du camp McCain. Il a simplement attaqué Obama davantage, disant qu'il n'est pas prêt à être président et que son programme économique mettrait en danger la sécurité nationale. Le plus effarant avec cette stratégie est que la plupart des républicains vénèrent Ronald Reagan, pas tant pour son programme précis, mais pour le ton de ses campagne et de son administration. Il parlait plutôt toujours d'espoir et attaquait rarement ses adversaires. McCain aurait pu contrer le film de Obama avec un message positif du style "Je crois aussi en un avenir meilleur pour l'Amérique, mais un avenir produit par des bons travailleurs comme Joe-le-Plombier, pas par des bureaucrates du gouvernement." Mais il ne l'a pas fait...

Paradoxalement, ce candidat dont 100% des spots publicitaires sont actuellement des attaques contre son adversaire n'était pas comme cela avant cette année. Ses plus importantes lois au sénat sont la loi sur le financement des campagnes électorales McCain-Feingold et la loi sur l'immigration McCain-Kennedy. Et Feingold et Kennedy sont des démocrates parmi les plus libéraux du sénat. McCain a donc un passé de sénateur pragmatique qui collabore avec le camp opposé. Ici, pas un mot sur ses propres programmes ou ses propres réussites. Attaques dans tous les sens...

Posté par Pat Philly à 12:38 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

J-5, l'état de la course

Plus que 5 jours... L'occasion de faire le point de la situation. Commençons par les sondages nationaux:

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On le voit, l'écart a diminué. Alors que Obama avait une avance de plus de 8 points il y a quelques jours, voilà qu'il a à peine plus de 5 points d'avance selon les baromètres nationaux moyens. Bien sûr, si McCain continue à grignoter un point par jour jusqu'à l'élection, nous allons avoir droit à une élection très serrée. Il est possible qu'il s'agisse d'une tendance de fond, où le candidat républicain bénéficie d'un regain de popularité. Il semble néanmoins plus probable que cela constitue simplement un léger resserrement naturel et provisoire, qui se produit traditionnellement à l'approche de l'élection. Nous verrons dans les prochains jours si la tendance se poursuit ou, comme cela semble plus probable, l'écart se maintient autour de 5 points jusqu'au bout.

En tout cas, si McCain a rattrapé un peu de son retard dans les sondages nationaux, cela n'est absolument pas visible dans les sondages des états cruciaux. Au contraire: Obama semble bien avoir encore consolidé son avance dans tous les états remportés par John Kerry, et se maintient très bien dans tous les autres états très compétitifs. Il est donc possible d'imaginer que McCain doive ses gains au niveau national à une amélioration de sa position dans des états qui n'étaient de toute façon pas disputés (du coup, ça lui fait une belle jambe de remporter l'Alaska avec une marge de 20 points au lieu de 15 points ou bien de perdre la Californie par 20 points au lieu de 25...)

Voyons le détail: comme d'habitude, je récupère les données de sources qui calculent, chacune à leur manière, une estimation de la situation des sondages dans chaque état. Les données de realclearpolitics.com, fivethirtyeight.com et pollster.com figurent dans le tableau ci-dessous et les états pour lesquels les 3 sources indiquent une avance de 10 points ou plus pour un ou l'autre candidat sont inclus dans les totaux "Base Obama" et "Base McCain".

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On le voit dans la dernière colonne, les seuls trois états remportés par John Kerry qui figurent encore dans le tableau sont le New Hampshire, le Wisconsin et le Minnesota, mais tout trois affichent un écart d'une dizaine de points et ne sont pas vraiment disputés. McCain cherche toujours à créer la surprise en Pennsylvanie dans l'espoir un peu fou de remporter ses 21 grands électeurs, mais le pauvre aura bien du mal à combler son retard énorme. Le scénario de victoire le plus aisé pour que Obama atteigne le niveau magique de 270 grands électeurs semble toujours être les états Kerry (252 grands électeurs) + Iowa (7) + Nouveau-Mexique (5) + un autre état. Pour cet autre état, les cibles les plus faciles sont la Virginie (avance de 7 à 8 points) ou le Colorado (avance de 7 points). Le Nevada, l'Ohio et la Floride sont aussi des possibilités.

Les autres états plus serrés comme la Caroline du Nord, le Missouri ou l'Indiana seraient la cerise sur le gâteau. Sans parler de l'humiliation ultime que constituerait la perte pour McCain de bastions républicains comme la Dakota du Nord, le Montana, la Géorgie, ou même carrément son propre état, l'Arizona...

meta1Voici encore une autre manière de se rendre compte de la situation. Sur son site, le professeur Wang de l'université de Princeton présente une élégante méthode statistique. Pour chaque état, les sondages lui permettent de calculer une probabilité de victoire de Obama ou McCain dans cet état. Or, vu que chacun des 50 états + le district fédéral peuvent être gagnés par l'un ou par l'autre candidat, il y a 2^51 (2 à la puissance 51) possibilités de cartes électorales, soit 2.3 millions de milliards de combinaisons possibles. Il calcule alors la distribution de probabilité des résultats sur toutes ces configurations possibles et parvient au graphique ci-contre, qui représente la distribution des grands électeurs remportés par Obama. Ainsi, le pic tout à droite signifie qu'il y a 28% de chances que Obama remporte 375 grands électeurs (ce qui revient à gagner tous les états du tableau ci-dessus jusqu'à l'Indiana inclus). Egalement, le score de 364 est assez probable (environ 21% de chances) et correspond au cas précédent auquel on aurait retranché l'Indiana ou bien le Missouri. On le voit, il n'y a guère de configurations où Obama remporterait moins de 270 grands électeurs et perdrait l'élection...

metaLa valeur médiane de cette distribution donne une bonne estimation de l'état de la course et est plus simple à comprendre. Ceci figure sur le graphique ci-contre, qui montre l'estimateur médian du nombre de grands électeurs que Obama devrait recevoir d'après la distribution obtenue, et la variation depuis le mois d'avril. Ainsi, à l'heure actuelle, la valeur médiane est de 367: cela signifie qu'il y a autant de chance pour que Obama remporte plus de 367 grands électeurs que de chance qu'il en remporte moins.

L'évolution de l'estimateur médian reflète bien les variations de la campagne: Obama a connu une forte hausse en juin lors du retrait de Hillary, puis les choses se sont tassées, avant de chuter dangereusement début septembre à la fin de la convention républicaine. Depuis, la situation est devenue de plus en plus favorable pour le candidat démocrate, et il jouit ces temps-ci de ses meilleurs scores de l'année.

Jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi... Encore cinq jours entiers de campagne!

Posté par Pat Philly à 00:58 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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