Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

21 octobre 2008

Au sénat aussi, ça sent le roussi pour les républicains...

Nous avons parlé récemment des autres élections très importantes qui se déroulent également le 4 novembre: celles qui concernent le renouvellement du congrès (35 sénateurs et la totalité de la chambre des représentants).

Pour la chambre des représentants, il y a toujours assez peu de sondages, mais il semble que les démocrates (qui ont déjà une majorité de 236 sièges contre 199) pourraient ravir encore une vingtaine de sièges aux républicains, et pourraient ainsi contrôler pratiquement 60% de la chambre basse.

Pour le sénat, chaque jour annonce des nouvelles encore meilleures pour les candidats démocrates. Depuis la dernière fois où nous avions examiné la situation, les républicains sont de plus en plus vulnérables dans beaucoup d'endroits. Le tableau ci-dessous indique les 35 élections sénatoriales de novembre, classées en fonction de l'avance du candidat démocrate par rapport au candidat républicain. Le nom de l'état en bleu indique que le siège est actuellement en mains démocrates (et rouge pour les républicains). Un astérisque à côté du nom d'un candidat indique qu'il s'agit du sénateur sortant qui se représente.

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Voyons la situation en détail. Sur les 35 élections, 30 concernent des sièges où le sénateur sortant se représente, et 5 sont des élections ouvertes où le sénateur sortant n'a pas souhaité se représenter pour diverses raisons. Et c'est dommage pour les républicains: car ces 5 élections concernent toutes leurs sièges.

  • Nous avons la Virginie où le sénateur républicain John Warner, très âgé, a décidé de prendre sa retraite. Le nouveau sénateur aura probablement le même nom mais sera du parti opposé, puisque c'est le démocrate Mark Warner qui domine très largement son challenger républicain. Voilà un siège perdu d'avance pour les républicains.
  • Le Nouveau-Mexique a également une élection ouverte, puisque le sénateur républicain Pete Domenici a annoncé son retrait à cause d'une maladie cérébrale. Une bonne excuse, parce que, accessoirement, ledit sénateur était impliqué dans un scandale éthique pour son rôle dans le licenciement d'un juge fédéral. Sa cote de popularité avait beaucoup chuté en raison de ce scandale. Le démocrate Tom Udall a presque vingt points d'avance dans les sondages sur son rival républicain, et voilà un deuxième siège qui s'en va pour les républicains.
  • Au Colorado, pas de scandale. Simplement, le sénateur républicain sortant a tenu sa promesse de ne servir que deux mandats de 6 ans et ne se représente donc pas. Là encore, le démocrate Mark Udall (c'est le cousin de Tom Udall, candidat à l'élection du Nouveau-Mexique...) est en tête de façon significative. Le parti républicain a décidé de retirer ses billes et de ne plus investir d'argent dans cette campagne perdue d'avance. Ce troisième siège ouvert est une troisième perte républicaine.
  • Le sénateur républicain du Nebraska, Chuck Hagel, a aussi décidé de se retirer après deux mandats. C'était un des plus farouches opposants à la guerre en Irak et aura été un vrai empêcheur de tourner en rond pour l'administration Bush. Son siège est en territoire très républicain, et cette fois-ci, les démocrates n'ont guère de chances de remporter cette élection.
  • Enfin, le sénateur Larry Craig de l'Idaho a été l'objet de bien des ricanements durant l'été 2007. Larry Craig, chantre des valeurs morales et familiales, opposé à tous les droits homosexuels, s'est laissé allé à rechercher un "contact" dans les toilettes des hommes de l'aéroport de Minneapolis. Manque de pot, celui qu'il a cherché à approcher était un flic en civil, qui l'a donc arrêté pour "conduite contraire aux bonnes moeurs". Voilà qui fait désordre, particulièrement dans l'Idaho, probablement dans le trio de tête des états les plus conservateurs du pays. Ah oui, Larry Craig a été l'un des grands pourfendeurs de Bill Clinton lors du scandale Monica Lewinsky, le qualifiant de "mauvais garçon" pour sa relation hors mariage. Bref, la controverse l'a conduit à ne pas se représenter. Cela dit, dans ce coin de pays, les démocrates ne sont pas très populaires, et le candidat républicain qui remplace Craig sera largement élu.

Ainsi, sur ces élections ouvertes, 3 sont pratiquement assurées d'être remportées par les démocrates. Pour les républicains, les choses ne sont pas beaucoup plus gaies (si j'ose dire) dans les autres élections où des sénateurs sortants se représentent:

Dans le New Hampshire et en Orégon les démocrates sont plutôt en avance. En Caroline du Nord, la sénatrice Elizabeth Dole (épouse de Bob Dole, candidat républicain à la présidentielle de 1996) pourrait bien être éjectée.
Le sénateur de l'Alaska Ted Stevens a toujours été élu et réélu à maintes reprises: c'est une figure bien connue dans l'état, et personnalité indéboulonnable du sénat. Il a 84 ans et cherche à décrocher son 8e mandat de six ans - même l'aéroport international de Anchorage porte son nom, c'est dire... Sauf que cette fois, il est impliqué dans un scandale d'éthique (une spécialité des républicains de l'Alaska...) et son procès est en cours. Du coup, le maire actuel démocrate de Anchorage, Mark Begich, est légèrement en tête des sondages et pourrait renvoyer le vieux sénateur dans sa maison d'Alaska - maison qui a été largement agrandie aux frais d'une compagnie pétrolière, ce qui est d'ailleurs l'objet de l'enquête menée contre lui. Même Sarah Palin n'a pas osé dire s'il elle soutenait ou non Ted Stevens dans sa campagne de réélection...
Enfin, le sénateur du Minnesota est désormais très menacé, et le candidat démocrate est légèrement en tête actuellement.

Au total, cela fait donc 8 sièges actuellement détenus par les républicains où les démocrates sont favorisés. Puisque le sénat actuel compte 49 démocrates (et 2 indépendants qui travaillent avec eux) et 49 républicains, le décompte final pourrait bien ressembler à 59 démocrates/indépendants contre 41 républicains. Autrement dit, les démocrates ne seraient qu'à un siège de la "super-majorité" de 60 sièges qui leur permettrait de clore les débats sans que le parti adverse puisse recourir à la technique du filibuster pour faire obstruction. Il manquerait donc un petit siège pour atteindre cette super-majorité: ce n'est plus totalement utopique, puisque, on le voit, le Mississippi et la Géorgie ont deux sénateurs très vulnérables. Si Obama parvient à faire de bons résultats et à tirer une bonne participation démocrate, l'un ou l'autre de ces sièges pourrait basculer également.

Affaire à suivre...

Posté par Pat Philly à 22:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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