Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

06 octobre 2008

La situation à 29 jours de l'élection: accrochez-vous!

L'élection est dans 29 jours. Obama a à présent une avance considérable dans les sondages. Voici ci-dessous un graphique indiquant l'évolution des sondages nationaux (prenant en compte la moyenne des quatre indicateurs journaliers Gallup, Research2000, Hotline/Diageo et Rasmussen, chaque indicateur étant un sondage portant sur les 3 jours précédents). On le voit, la convention républicaine a été une réussite, avec une remontée importante de McCain début septembre, avant que ses chiffres ne se tassent, pour s'effondrer totalement avec les effets conjugués de la crise financière et de la perte de crédibilité de Sarah Palin. (Cliquer sur le graphique pour agrandir).

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Obama est actuellement à son plus haut niveau de la campagne avec environ 8 points d'avance. Avec une telle avance dans les sondages nationaux, les règles de l'élection importent peu et il est virtuellement impossible de pouvoir perdre au collège électoral. Si l'élection avait lieu aujourd'hui, on assisterait donc probablement à un raz-de-marée Obama, qui raflerait presque tous les états contestés et pourrait atteindre un score impressionnant avoisinant les 350 grands électeurs.

Pour se rendre compte à quel point 2008 est différent de 2000 ou de 2004, voici un graphique contenant tous les sondages nationaux durant toute l'année électorale: en bleu l'écart entre Obama et McCain sur l'année 2008, en rouge clair, l'écart entre Kerry et Bush (2004), et en gris l'écart entre Gore et Bush (2000). Les valeurs positives indiquent que le candidat démocrate est en tête, les valeurs négatives correspondent à une avance du républicain.

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Le classement des états, en ce début de semaine, est comme suit. La Pennsylvanie n'est décidément plus un état très proche: Obama a pratiquement 10 points d'avance dans les derniers sondages. Le Minnesota a également consolidé sa position. Une des grandes nouvelles de la fin de semaine, largement éclipsée par le débat Palin-Biden, a été que la campagne McCain retirait ses ressources du Michigan (spots publicitaires, etc.), abandonnant l'espoir de rendre l'état compétitif. C'est très important, parce que la Michigan était l'un des états Kerry les plus vulnérables, et McCain renonce maintenant à y faire campagne pour redéployer ses ressources ailleurs, dans d'autres états bien plus urgents. Car la situation est gravissime pour le candidat républicain. Obama est confortablement en tête (d'au moins 5 points) dans tous les états gagnés par Kerry, et domine largement en Iowa et au Nouveau-Mexique. Ceci lui donne 264 grands électeurs (comme visible dans le tableau).  Il manque un seul état à Obama pour atteindre les fameux 270 votes. Mais ça tombe bien, parce qu'il est actuellement en tête dans 7 autres états, totalisant 100 grands électeurs: Virginie, Colorado, Floride, Ohio, Nevada, Caroline du Nord, et même, depuis aujourd'hui, dans le Missouri! Pour que McCain ait une chance, il devrait remporter TOUS ces états-là... En outre, Obama est même sur le point de faire basculer l'Indiana, bastion républicain par excellence que Bush avait remporté par 21 points en 2004... Remarquez également que la Géorgie a quitté les états de "Base McCain" (écart de plus de 10 points dans les sondages) pour apparaître dans le tableau.

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Sur la carte, les états en couleurs plus claires sont ceux où les candidats sont séparés par moins de 5 points dans les sondages.

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Rien n'est gagné pour Obama. Au point où en sont les républicains, leur dernier espoir est que Obama fasse une grosse gaffe, ou qu'un scandale éclate, ou qu'un événement catastrophique change entièrement la dynamique de la campagne. Ils n'ont plus rien à perdre et vont donc lancer des attaques cinglantes contre Obama. La campagne a annoncé vouloir soulever les "relations" de Obama avec des gens peu fréquentables. Va-t-on voir réapparaître le révérend Wright? McCain a dit ne pas vouloir aller sur ce terrain-là, du moins personnellement (mais d'autres groupes pourront s'en charger pour lui). Surtout, nous allons entendre parler de Bill Ayers, activiste radical qui avait fondé un groupement lié de près ou de loin à diverses activités "terroristes" - et que Obama avait connu à Chicago. Et ça a commencé... Sarah Palin a d'ailleurs lancé les festivités samedi dans un discours où elle parlé de Obama comme "quelqu'un qui voit l'Amérique comme si imparfaite qu'il copine avec des terroristes qui veulent viser leur propre pays".

obama_buttonNous allons aussi entendre parler du fait que Obama serait musulman... Et bien sûr des remarques aux relents racistes. Par exemple les blagues de bon goût comme le bouton ci-contre ("Si Obama est président, l'appellera-t-on toujours la Maison Blanche?"). Ou alors ces commentaires lus récemment dans un journal: "Obama va détourner davantage de fonds pour l'Afrique de sorte que sa famille sur place puisse libérer ses chèvres et vivre le rêve américain", ou encore que Obama remplacerait les 50 étoiles du drapeau américain par "une étoile et un croissant", symbole islamique. L'auteur est trésorier du parti républicain local de Virginie et représentant de l'équipe McCain dans son comté...

Si les attaques deviennent trop vicieuses, il n'est pas certain que cela marche. En effet, si McCain ressort Bill Ayers ou le révérend Wright, ce sera clairement vu comme de basses attaques politiciennes. Cela n'était pas le cas durant les primaires: les histoires autour de Ayers et Wright étaient alimentées par les médias eux-mêmes - la chaîne ABC rapportant les sermons incendiaires de Wright par exemple - et n'étaient pratiquement pas poussées par la campagne Clinton. Donc à moins que l'équipe McCain ait des nouvelles fraîches à ce sujet, ça ne sera rapporté que comme des attaques partisanes, ce qui réduit un peu leur impact pour le public. Obama sera face à un dilemme: en répondant agressivement à ces attaques, il peut en limiter l'impact et peut-être les retourner contre McCain. Mais d'autre part, cela fait que les médias continuent de parler de la controverse. Il doit donc faire attention à ne pas se laisser attaquer sans réagir (comme Kerry l'avait fait), mais doit veiller à ne pas en faire tout un plat pendant plusieurs jours.

Quoi qu'il en soit, Obama a déjà fait une frappe préventive avec ce spot publicitaire annonçant les attaques futures de McCain.
"750'000 emplois perdus cette année... notre système financier dans la tourmente... et John McCain? Erratique dans les crises... déconnecté de la réalité sur l'économie... Pas étonnant que sa campagne veuille changer de sujet... tourner la page sur cette crise financière... en lançant des attaques malhonnêtes et ignobles. Les familles qui luttent pour s'en sortir ne peuvent pas tourner la page sur cette économie... et nous ne pouvons pas nous permettre un autre président qui soit si déconnecté de la réalité. Je suis Barack Obama et j'approuve ce message."

C'est sûr, la dernière ligne droite va être sanglante. Attachez vos ceintures, il va y avoir du sport!

Posté par Pat Philly à 13:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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