Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

28 septembre 2008

"Si les conneries étaient une monnaie, Palin pourrait sauver Wall Street !" - ou quand les médias lâchent Palin

Après le débat, tous les conseillers et partisans de tel ou tel candidat étaient interviewés à la télévision pour, bien entendu, expliquer que leur candidat avait absolument remporté le duel. Du côté démocrate, on a bien entendu eu droit au commentaire de son colistier Joe Biden, qui a fait la tournée de toutes les grandes chaînes. Du côté républicain? Euh, circulez, y a rien à voir... Pas de Sarah Palin en vue pour commenter le débat.

Ses dernières prestations lors des rares entretiens qu'elle a pu accorder étaient, on l'a dit, hallucinantes, et montraient le peu de connaissances de la candidate sur différents sujets. Et les médias commencent à dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Et ça fait très mal.
Voyez ici la vidéo du journaliste de CNN Jack Cafferty qui commente un extrait du fameux entretien de Sarah Palin avec Katie Couric (d'ailleurs, c'est un nouvel extrait pas encore mentionné, tout aussi sensationnel...)
Image_2Cafferty: Il y a une raison pour laquelle la campagne McCain garde Sarah Palin éloignée de la presse. Je veux passer un extrait d'une interview que Palin a faite avec la journaliste de CBS Katie Couric, où elle a été interrogée au sujet du plan de sauvetage de l'économie.
(Extrait): Couric: Pourquoi n'est-ce pas préférable, gouverneur Palin, de dépenser 700 milliards de dollars pour aider les familles de la classe moyenne qui peinent payer l'assurance maladie, les loyers, l'essence et les courses, pour leur permettre de dépenser plus et placer davantage d'argent dans l'économie, plutôt que d'aider ces grandes institutions financières qui ont une responsabilité dans cette crise?
Palin: C'est pourquoi je dis, je, comme chaque Américain avec qui je parle, nous sommes malades de cette position dans laquelle nous nous sommes retrouvés, où ce sont les contribuables qui vont payer le sauvetage. Mais finalement, ce que le sauvetage fait, c'est aider ceux qui s'inquiètent de la réforme de l'assurance maladie qui est nécessaire pour aider à consolider notre économie. Euh, aider, oh il doit s'agir de création d'emplois aussi. Consolider notre économie, et la remettre sur la bonne voie. Donc la réforme de l'assurance maladie et baisser les impôts et la domination des dépenses doit accompagner une baisse des impôts, et un allègement fiscal pour les Américains, et le commerce - nous devons voir le commerce comme une opportunité, pas comme, euh..., chose compétitive, euh, effrayante, mais un emploi sur cinq créé dans le secteur du commerce aujourd'hui. Nous devons voir cela comme plus d'opportunité. Toutes ces choses dans l'optique de la création d'emplois. Ce plan de sauvetage fait partie de cela.
Cafferty: ... Vous avez bien compris ça? Si John McCain l'emporte, cette femme sera à deux doigts (un battement de coeur d'un homme de 72 ans) d'être présidente des Etats-Unis. Et si cela ne vous effraie pas au plus haut point, eh bien ça devrait! J'ai 65 ans et j'ai couvert la politique depuis longtemps: c'est l'un des enregistrements les plus pathétiques que j'aie jamais vu de quelqu'un qui aspire à l'un des postes les plus élevés de ce pays. C'est tout ce que j'ai à dire.
Son collègue: Euh, oui elle condense beaucoup d'information...
Cafferty: Ce n'est pas une excuse, elle est censée en savoir un minimum sur le sujet. Ne lui cherchez pas d'excuses. Ceci est pathétique!

Oh bien sûr, les médias sont de gauche et ce journaliste de CNN tout particulièrement, pourra-t-on rétorquer... Mais que dire lorsque c'est même l'influent magazine National Review, très républicain et très conservateur, qui appelle le camp McCain à laisser tomber Sarah Palin et choisir un nouveau colistier?

Il est de plus en plus clair que Palin est un problème. Même si elle apprend vite, elle n'en sait pas suffisamment sur la politique économique ou étrangère pour que les Américains se sentent à l'aise avec l'idée d'une présidente Palin au cas où elle devait être promue.
Certes, lorsque Palin est apparue comme colisitère de John McCain, j'avoue que j'étais ravie. C'était une féministe rafaîchissante d'un genre nouveau qui symbolisait la réussite moderne de la mère qui travaille. (...) C'était amusant pendant un moment.
Les interviews récentes de Palin avec Charles Gibson, Sean Hannity et maintenant Katie Couric ont toutes révélé une candidate charmante, sérieuse et sûre d'elle... et qui n'est clairement pas à sa place!
Je déteste devoir dire cela. Comme beaucoup de femmes, j'ai soutenu Palin, lui souhaitant le meilleur, espérant qu'elle s'en tire brillamment. J'ai aussi remarqué que je regarde ses interviews en retenant mon souffle comme un parent anxieux, et prête à couper le son au cas où cela devient trop pénible. Hélas, c'est souvent le cas. Palin donne dans la langue de bois, elle répète des mots, remplissant les vides avec des choses inutiles. Enlevez le blabla, et il ne reste pas beaucoup de contenu. Voici un exemple parmi tant d'autres tiré de son interview avec Hannity: "Eh bien, il peut être dangereux de laisser trop de politique très partisane s'insinuer dans le problème dont nous parlons aujourd'hui. Et c'est quelque chose que John McCain, aussi, son bilan, prouvant qu'il peut travailler avec les deux côtés de l'échiquier politique, il peut surpasser la politique partisane qui doit être surpassée pour gérer un problème comme celui-là."
Lorsque Couric indique que des sondages montrent que la crise financière a amélioré les résultats de Obama, Palin déblatère: "Je ne regarde pas les sondages. Ce que je pense, les Américains au bout du compte vont pouvoir considérer le bilan de chacun et voir qui est plus apte à parler des solutions, et souhaiter et espérer des solutions pour une chance de changement, et qui l'a véritablement fait?"
Si les conneries étaient une monnaie, Palin pourrait sauver Wall Street d'elle-même. Si Palin était un homme, nous serions tous en train de nous esclaffer (...), mais c'est une femme - la première sur un ticket présidentiel républicain - et nous rechignons à dire ce qui est cruellement vrai. Que faire?
McCain ne peut pas renier son choix de colistière. Il risque non seulement les foudres de l'impitoyable base républicaine, et il invite les autres à reconsidérer ses capacités à prendre des décisions. Seule Palin peut sauver McCain, son parti, et le pays qu'elle aime. Elle peut se retirer pour des raisons personnelles, peut-être parce qu'elle veut passer plus de temps avec son bébé. Personne ne critiquerait une femme qui place sa famille en premier. Faites-le pour votre pays!

Plus grave, il semble que même le camp McCain soit catastrophé par la préparation de Sarah Palin pour le débat de jeudi prochain contre Joe Biden. Les rumeurs veulent que des proches de la campagne sont plus qu'inquiets au sujet du débat, disant que Palin est "paumée". La campagne aurait tenu un faux débat et une fausse conférence de presse en guise d'entraînement - tous deux sont décrits comme "désastreux".

Vrai ou pas, le camp McCain a véritablement un gros problème avec Sarah Palin, qui est en passe de devenir une blague nationale. Que dis-je, elle est déjà l'objet des railleries des talk shows... En voici quelques-unes:

  • "Comme vous le savez, McCain veut suspendre son débat avec Barack Obama jusqu'à ce que la crise économique soit résolue. Et Sarah Palin veut suspendre son débat avec Joe Biden jusqu'à ce qu'elle puisse situer l'Europe sur une carte." - Jay Leno
  • Paris Hilton est notre invitée ce soir, à moins qu'elle ne doive revenir en vitesse à Washington pour sauver l'économie. John McCain veut que le débat présidentiel soit repoussé après un accord financier. Sarah Palin veut que son débat soit repoussé après l'élection." - David Letterman
  • "McCain a débarqué à Washington sans Sarah Palin, ce qui est dommage parce qu'elle a en fait beaucoup d'expérience bancaire et financière. Vous savez, elle a habité tout près d'une banque!" - Jimmy Kimmel
  • "Sarah Palin était à New York à l'ONU pour rencontrer les dirigeants du monde. Auparavant, son expérience du monde était limitée à la visite de Epcot Center à Orlando (Walt Disney World)." - Jimmy Kimmel

Image_3_copieEt voici, pour terminer, la cerise sur le gâteau! Vous avez sans doute déjà vu quelques extraits de la mythique interview de Sarah Palin avec Katie Couric, donc nous avons déjà parlé (trois extraits marquants à revoir ici, ici et ici). Eh bien l'émission Saturday Night Live a fait une parodie hilarante de cette interview avec une Sarah Palin plus vraie que nature. Le plus fort est que beaucoup des dialogues sont très proches, voire identiques à la version originale... La vidéo à voir absolument ici.

(Le fait qu'il n'a même pas été nécessaire de changer les réponses pour paraître absurde a d'ailleurs été remarqué par CNN...)

 

Posté par Pat Philly à 14:17 - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    J'adore le titre du Billet, si seulement cela était possible...

    Posté par COCO, 29 septembre 2008 à 07:26
  • C'est EXCELLENT, tout ca !!!
    J'ai hate d'etre a jeudi soir !!!!!!

    Posté par Stephanie, 29 septembre 2008 à 14:49
  • Il est enorme le Saturday Night Live! Vivement le debat de jeudi, ca va etre un grand moment.

    Posté par une parisienne, 30 septembre 2008 à 13:10
  • Merci pour ces démonstrations si éclairantes.
    Les Républicains ont voulu donner une image de modernité face au "jeune" et "noir" Obama, ils démontrent juste que Palin n'est qu'une opération marketing mal montée.

    Posté par Yaneck Chareyre, 01 octobre 2008 à 04:37
  • info

    Le but de Palin c'est de récuperer les votes de Hillary. Seul l'avenir nous dira si cette tactique va marcher.

    Posté par Tradememe.com, 17 octobre 2008 à 09:16

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