Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

27 septembre 2008

Deux mots sur le débat - Et en bonus: où est l'Espagne?

Voilà, le premier débat a donc eu lieu. Il est toujours délicat de juger qui a "gagné" ce genre d'événement, car il est difficile de savoir comment les électeurs indécis ont pu percevoir tel ou tel aspect du débat. Tout dépend des attentes. Disons-le tout net: le débat a porté sur les affaires étrangères et la sécurité nationale (avec bien sûr quelques questions pour évoquer la crise économique) et c'est donc le terrain de prédilection de McCain, celui où, à tort ou à raison (mais surtout à tort...) il est perçu comme le plus compétent.

debate2

McCain avait besoin de flanquer une râclée à Obama, et mettre en évidence l'inexpérience du novice. Eh bien c'est raté. Au mieux pour McCain, il s'en tire avec une égalité. Mais les premiers sondages après le débat indiquent même une large domination de Obama: dans un sondage CBS auprès d'électeurs indécis, 40% pensent que Obama a remporté le débat contre seulement 22% pour McCain (et 38% disent que c'est un match nul). Dans un autre sondage CNN: à la question "qui s'en est le mieux tiré dans le débat?", Obama l'emporte par 51% contre 38%. A la question "qui serait plus apte à gérer l'économie?", Obama l'emporte par 58% contre 37%, et à la question "qui serait plus apte à gérer la guerre en Irak?", c'est également Obama qui domine par 52% contre 47%...

La plus grande faiblesse de la candidature de Obama était le notion qu'il n'était pas prêt ou assez expérimenté. C'était d'ailleurs la base de plusieurs attaques de McCain, qui a répété à d'innombrables reprises: "Le sénateur Obama ne comprend pas...". Clairement, beaucoup d'électeurs ont pu être agréablement surpris de voir que, contrairement à ce qu'on assène depuis des mois, Obama en connaît tout de même un rayon sur la politique étrangère. Il n'a pas hésité à défendre ses idées bec et ongles et a rarement été sur la défensive. Il a parlé en détail de chaque sujet, citant des noms de pays et de dirigeants étrangers à la pelle, pour souligner le fait qu'il sait de quoi il parle. C'était plutôt efficace.

debate1

Pas de grossière gaffe d'une part comme de l'autre, ni de moment particulièrement mémorable. Ou peut-être plusieurs. Voilà un extrait plutôt intéressant où Obama remet à sa place McCain sur l'Irak, n'hésitant pas à lui dire directement qu'il "avait tort".
La vidéo de l'extrait est ici.
debateobamaObama: "Donc John, vous aimez faire comme si la guerre avait commencé en 2007. Vous parlez du renfort de troupes: mais la guerre a commencé en 2003. A l'époque, quand la guerre a commencé, vous avez dit que ce serait rapide et facile. Vous avez dit que vous saviez où se trouvaient les armes de destruction massive - et vous aviez tort. Vous avez dit que nous allions être accueillis en libérateurs - et vous aviez tort. Vous avez dit qu'il n'y avait pas un passé violent entre les chiites et les sunnites - et vous aviez tort... Si la question est qui est le mieux équipé en tant que prochain président pour faire les bonnes décisions concernant l'usage de notre armée, comment nous nous assurons que nous sommes prêts pour le prochain conflit, alors je pense que nous pouvons regarder notre jugement."

En général, McCain avait un peu l'air d'un vieux grincheux, tentant de faire la leçon au petit jeune. Il n'a presque jamais regardé Obama directement et, durant les plans de coupe, faisait des petits rictus agacés. Un aspect qui a été relevé par les analystes après le débat est que Obama a souvent été grand prince en disant que McCain a "tout à fait raison" sur tel ou tel point (avant de marquer un contraste), tandis que McCain s'est contenté de dire à quel point Obama "ne comprenait pas" et qu'il avait tort.

Dans les petites piques que Obama a réussi à placer, citons cet échange:
debatemccainMcCain: Je ne suis pas encore disposé à couper l'aide au Pakistan. Je ne suis pas disposé à les menacer, comme le sénateur Obama veut apparemment le faire, puisqu'il a dit vouloir annoncer des frappes militaires contre le Pakistan. Il a dit qu'il lancerait des frappes militaires contre le Pakistan! Mais, on ne fait pas ça! On ne dit pas cela à voix haute! Vous faites ce qu'il y a à faire, et vous travaillez avec le gouvernement pakistanais. Maintenant, le nouveau président du Pakistan, Kardari, est très occupé [notons que le président du Pakistan s'appelle en fait Zardari...]
Obama: Personne n'a parlé d'attaquer le Pakistan. Voilà ce que j'ai dit. (...) Et John, vous avez tout à fait raison que les présidents doivent être prudents quant à ce qu'ils disent. Mais vous savez, venant de vous, qui par le passé avez menacé la Corée du Nord d'extinction et chanté des chansons à propos de bombarder l'Iran, je ne sais pas à quel point c'est crédible.

Obama a raison sur la blague de McCain chantant des airs à propos de bombarder l'Iran. Voici la vidéo ici.

Un autre échange animé a consisté à débattre s'il était judicieux ou non pour un président de rencontrer des dirigeants d'états voyous sans préconditions (ou sans "préparation", selon la nuance introduite). Aux critiques de McCain, Obama a rétorqué qu'il avait été peu productif d'ignorer totalement les états ennemis comme la Corée du Nord et que même Bush avait commencé à le réaliser. "Il faut dire que l'administration Bush, et même certains des conseillers du sénateur McCain pensent tous que c'est important, et le sénateur McCain semble résistant à cette idée. Il a même déclaré l'autre jour qu'il n'allait éventuellement pas rencontrer le premier ministre de l'Espagne, parce qu'il n'était pas sûr si le pays était aligné avec nous. Attendez, l'Espagne?? L'Espagne est un allié de l'OTAN! Si on ne peut pas rencontrer nos amis, je ne sais pas comment on va gérer des sujets importants comme la lutte contre le terrorisme."

Cela également en référence à une interview surréaliste de McCain donnée à une journaliste espagnole dernièrement, où il semble clairement ne pas savoir quel genre de pays (ami ou ennemi) est l'Espagne, et répond même en parlant d'Amérique latine. Impressionnant: écoutez, c'est incroyable:
La journaliste: Sénateur, finalement, parlons de l'Espagne. Si vous êtes élu président, serez-vous disposé à inviter le président José Luiz Rodriguez Zapatero à la Maison Blanche pour vous rencontrer?
McCain: Je serai disposé à rencontrer les dirigeants qui sont nos amis et sont prêts à coopérer avec nous. Et, à propos, le président Calderon, du Mexique, mène une lutte très rude contre les cartels de la drogue, et je suis heureux que vous soyons maintenant en étroite coopération avec le gouvernement mexicain sur le plan Mérida, et je veux faire avancer les relations, et inviter autant de ces dirigeants que je peux à la Maison Blanche.
La journaliste: Est-ce que cette invitation serait étendue au gouvernement Zapatero, au président lui-même?
McCain: Euh, je ne sais... euh... je, vous savez... Honnêtement, je vais devoir regarder les relations, et la situation, et les priorités... Mais je peux vous assurer que je vais établir de proches relations avec nos amis et que je m'élèverai contre ceux qui veulent faire du mal aux Etats-Unis. Je sais faire les deux.
La journaliste: Donc vous allez devoir attendre et voir s'il veut vous rencontrer et si cela sera possible, à la Maison Blanche?
McCain: Euh... encore une fois... euh... Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'ai un bilan clair de collaboration avec des dirigeants de l'hémisphère qui sont nos amis et d'opposition à ceux qui ne le sont pas. Et cela est basé sur l'importance de nos relations avec l'Amérique latine... et de toute la région.
La journaliste: Ok... Et pour l'Europe? Je parle du président de l'Espagne...
McCain: Quoi donc?
La journaliste: Etes-vous disposé à le rencontrer si vous êtes élu président?
McCain: Je suis disposé à rencontrer tout dirigeant qui est attaché aux mêmes principes et à la même philosophie de droits de l'Homme, de démocratie et de liberté. Et je m'élèverai contre ceux qui ne le sont pas.

Heureusement que les affaires étrangères sont son point fort...

Posté par Pat Philly à 00:34 - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    Le beau Barack Obama parle bien il ne semble pas chercher ses mots .
    Le vieux Mc Cain devrait bien relire sa géographie . Mais il n'est pas le seul , car j'ai le souvenir d'avoir parlé avec des américains agés entre 20 et 30 ans , nous parlions de voyage et aucun ne savaient placer le Maroc sur la mappemonde . Mr Mc Cain connait la guerre de Corée , Irak mais encore . . .
    A chaque fois que je le vois sur les chaines US , je l'écoute chercher ses mots .
    J'attend avec impatience la suite des événements et enfin de connaitre le prochain président Américain .

    Posté par COCO, 28 septembre 2008 à 03:55
  • J'espère que l'Amérique perçoit toutes ces subtilités qui fond généralement les chou gras des commentateurs et autres éditorialistes...

    Posté par sebkog, 28 septembre 2008 à 17:37
  • Franchement, a un moment, j'avais mal pour Mccain... Il m'a fait pitie ; il avait vraiment l'air du "vieux" qui n'est plus dans la course mais qui s'accroche desesperement...
    C'etait horrible car il n'arretait pas de parler qu'il a vu ceci, vu un tel... il y a 30 ou 35 ans ; ca faisait un peu reunion des anciens combattants. En gros, il racontait ses souvenirs sans repondre clairement aux questions, ai-je trouve.
    J'ai ete seduite par Obama (c'etait la premiere fois que je l'ecoutais vraiment, en fait !). J'espere qu'il va etre elu... En meme temps, j'ai TRES peur qu'il lui arrive quelque chose s'il est elu car il y a des gens completement fous, dans ce pays, et qui n'accepteront JAMAIS JAMAIS de se voir "diriger" par un Noir (meme s'il est a moitie Blanc !)...
    Mais si Obama "s'en va", on aura Biden ; ca va. Si McCain est elu et qu'il lui arrive quelque chose, on se retrouve avec Palin : la grosse rigolade !!
    (Eric m'a dit : "Mais ils s'assureront que McCain et Palin voyagent toujours ensemble...")

    Posté par Stephanie, 29 septembre 2008 à 14:43

Poster un commentaire