Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

26 septembre 2008

Nouvelle journée chaotique en vue...

La bataille politique autour du plan de sauvetage de l'économie devient de plus en plus étrange. Hier après-midi, Chris Dodd, le sénateur démocrate qui préside le comité des affaires bancaires du Sénat, qui est largement responsable de la rédaction des lois bancaires, a annoncé qu'un consensus était proche sur ce que le plan devait contenir. Plus tard, après une réunion à la Maison Blanche avec plusieurs personnalités (dont nos candidats à la présidentielle), les républicains ont largement décrié le projet de loi, disant qu'il ne contenait pas grand chose pour ceux hors de l'industrie financière, et qu'il ne visait qu'à secourir les mêmes institutions responsables de la crise. En général, le parti républicain est profondément divisé sur cette loi. Tandis que les démocrates peuvent envisager de digérer l'idée dans la mesure où les contribuables recoivent quelque chose en échange de leur argent (par exemple sous forme d'actions) et que certaines conditions sont remplies (par exemple limiter le salaire des grands patrons), les républicains s'opposent fondamentalement à toute intervention gouvernementale dans les marchés, et ont même mis cette opposition noir sur blanc dans leur plateforme politique il y a quelques semaines. Ils envisagent donc, contre l'avis de leur propre président, un projet alternatif qui chargerait les banques d'établir un système d'assurances pour garantir les hypothèques peu sûres et laisser le gouvernement hors de tout cela. Un tel plan serait en accord avec le principe républicain visant à laisser les marchés se réguler eux-mêmes. Seulement, dans ce cas, les banques ne recevraient pas 700 milliards des contribuables. Le secrétaire au Trésor Henry Paulson refuse ce plan alternatif.

En général, les démocrates disent qu'il n'y aura pas d'accord à moins que les républicains puissent se mettre d'accord pour un projet. Les démocrates n'ont en effet pas très envie de prendre le risque de faire passer une loi très impopulaire juste avant une élection, que les républicains profiteraient ensuite de critiquer. Les pourparlers se sont achevés dans la nuit, sans accord. Les titres de journaux aujourd'hui ressemblent à "les discussions échouent après une journée de chaos". Voilà qui résume bien la situation.

C'est très curieux, mais bien que McCain soit revenu en fanfare à Washington pour résoudre le problème, il a été bien calme depuis son arrivée. Il n'a même pas précisé s'il était en faveur du plan Paulson ou du plan alternatif républicain. Bien sûr, s'il parvenait à faire passer un compromis, il s'en tirerait très bien, mais c'est peu probable que les démocrates lui laissent récupérer tous les éloges.

Mais au fait, McCain a-t-il vraiment "suspendu" sa campagne? Voyons voir...
  - Ses conseillers toujours à la télévision pour attaquer Obama? Oui...
  - Les spots publicitaires de campagne toujours diffusés? Oui...
  - La recherche de fonds toujours opérationnelle? Oui...
  - Tient toujours des réunions avec son chef de campagne? Oui...
  - Les bureaux de campagne toujours ouverts et complètement opérationnels? Oui...
  - La candidate à la vice-présidence toujours en déplacement de campagne? Oui...
Oh et bien entendu, il n'a pas le temps de se rendre au débat présidentiel de ce soir. En revanche, il a participé à 3 talk shows sur les grandes chaînes nationales hier soir...

Bref, la situation est toujours peu claire quant au débat de ce soir. Barack Obama n'est pas entré dans ce petit jeu et a déclaré qu'il se rendrait bien à l'Université du Mississippi à Oxford ce soir, se réjouissant de débattre avec McCain, en disant bien que des présidents doivent être capables de gérer plusieurs choses importantes en même temps. McCain, pour sa part, a dit qu'il n'irait pas dans le Mississippi avant qu'une solution à la crise économique soit trouvée. Un nouveau sondage indique que 74% des Américains souhaitent que le débat ait lieu ce soir. Environ 23% souhaitent qu'il soit annulé...

McCain a vraiment fait un coup très risqué ici. En effet, il ne fait même pas partie du comité des affaires bancaires du Sénat et Chris Dodd ne va en aucun cas le laisser se mêler de ça. D'autre part, le premier membre républicain du comité s'oppose à la loi, et les républicains de la chambre des représentants sont en révolte ouverte contre le président Bush. Si McCain renonce, et se rend tout de même dans le Mississippi la queue entre les jambes, il ne passera pas pour cet homme d'action qui s'est rendu à Wahington pour secouer les choses et obtenir une loi. D'un autre côté, s'il reste à Washington pour travailler sur la loi, Obama va demander au modérateur du débat, Jim Lehrer, de faire un entretien avec des questions du public. Voilà qui serait un désastre pur McCain: Obama aurait au moins une heure de temps de parole gratuite pour apparaître comme un président menant une conférence de presse avec maturité, tandis que McCain apparaîtrait comme un député lambda, empêtré dans les disputes politiciennes.

Bien entendu, McCain se rend très bien compte de cela, et va essayer à tout prix de décrocher une loi aujourd'hui afin de pouvoir s'envoler pour le Mississippi triomphant. Chris Dodd, s'en rend très bien compte également, et va essayer d'extraire des concessions énormes de McCain en échange. Voilà une partie de poker aux enjeux très élevés qui va se jouer entre Paulson, Bush, Dodd, McCain et Obama, chacun ayant des intérêts différents. Tout est possible à ce stade...

Quoi qu'il en soit, tout le drame autour de l'organisation du débat devrait garantir des audiences record ce soir, que le débat se tienne avec McCain ou non.

Posté par Pat Philly à 10:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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