Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

24 septembre 2008

Suspendre la campagne et annuler le débat? Really?

Ainsi donc, John McCain, a décidé de suspendre sa campagne, de cesser de diffuser des spots publicitaires, et a dit ne pas vouloir participer au premier grand débat présidentiel prévu pour vendredi dans l'état du Mississippi. Disant que la nation est au bord d'une grave récession, et qu'il n'est pas temps de se livrer à des disputes politiques. Un geste fort, montrant qu'il est au-dessus de la mêlée et place les intérêts du pays avant toute chose?

Pas du tout. McCain a été au Sénat depuis 25 ans, et il sait très bien ce qui se passera s'il débarque dans le bureau de Chris Dodd, sénateur démocrate du Connecticut et président du comité des affaires bancaires du sénat et lui annonce que c'est lui qui maintenant prend les choses en main. McCain se fera montrer la porte dans autre forme de procès. Seulement deux personnes sont responsables de la rédaction des lois liées aux affaires bancaires: Chris Dodd et son collègue de la chambre des représentants Barney Frank. McCain et Obama n'ont pas de grand rôle à jouer dans la rédaction des lois bancaires au Sénat, et McCain le sait très bien. D'ailleurs, Barney Frank ne s'est pas gêné pour dire: "Tout à coup, alors que nous sommes sur le point parvenir à un accord, McCain débarque pour trouver un accord. Du coup, nous allons devoir interrompre des négociations entre démocrates et républicains pour une séance de photos à la Maison Blanche avec les candidats, et revenir ici pour s'y remettre. Nous essayons de secourir l'économie, pas le campagne de McCain."

Alors pour quelle raison McCain aurait-il proposé d'annuler le débat de vendredi? En un mot: une raison politique. En s'envolant pour Washington en tant que sauveur de l'économie américaine, il pourrait passer comme un homme d'action pour les gens qui ne savent pas trop comment fonctionne le Sénat. La réalité, bien entendu, est que l'apparition de Obama et McCain dans le bureau de Chris Dodd aurait pour effet de faire des pourparlers actuels un vrai cirque politique. Un deuxième point est que, en retirant ses spots de campagne, McCain économise de l'argent.

McCain n'a pas seulement annulé ses spots de campagne, mais également son apparition dans le talk show de David Letterman. Celui-ci ne s'est pas gêné pour se moquer allègrement du geste de McCain, qui passe de plus en plus clairement pour ce qu'il est: une pure manoeuvre politique, et une tentative désespérée de changer les choses à un moment où les sondages ne lui sont pas du tout favorables.

En réalité, c'est d'ailleurs Obama qui avait contacté en privé la campagne McCain dans la matinée pour lui proposer de faire une déclaration commune au sujet de la crise économique. McCain n'a donné son accord que tard dans l'après-midi, avant de tirer la couverture à lui en faisant savoir publiquement sa décision de tout plaquer pour s'occuper de la crise économique...

La réaction de Obama a été un discours insistant sur l'importance d'une bonne loi non partisane qui protège les propriétaires contre les saisies immobilières, garantisse une surveillance de la distribution des fonds, et s'assure que les contribuables ne se fassent pas arnaquer (on parle tout de même de 700 milliards de dollars, voire davantage...) Cela semble tout à faire raisonnable, mais beaucoup d'électeurs ignorent pour l'instant que le secrétaire du Trésor Henry Paulson s'oppose à ce type de surveillance du congrès. Quoi qu'il en soit, si la loi finale ne contient pas tous ces garde-fous souhaités, Obama pourra s'y opposer sans autre, mettant en évidence les défauts.

Quoi qu'il en soit, c'est la troisième fois qu'il se livre à ce genre de coups en moins d'un mois. Il a d'abord sélectionné comme colistière une gouverneur inexpérimentée qui gère un état avec moins de la moitié de la population de Philadelphie. Il a ensuite annulé le premier jour de la convention républicaine à cause de l'arrivée d'un ouragan en Louisiane et envisageait de faire sont grand discours de nomination sur les futures ruines de la Nouvelle-Orléans qui allait sans doute être dévastée à nouveau. Maintenant, il souhaite annuler un débat à cause d'une urgence économique. McCain risque de plus en plus de passer un pour un politicien impulsif et imprévisible qui, voyant sa situation peu enviable dans les sondages, tente encore le tout pour le tout, et c'est paradoxalement Obama qui paraît stable et mature.

Le débat de vendredi soir dans le Mississippi est donc très incertain. D'abord, un sondage a déjà été effectué, qui indique que les trois quarts des électeurs souhaitent que le débat ait lieu, et seulement 10% souhaitent une annulation. Il est possible que, en guise de compromis, le débat ait lieu, mais porte sur les questions économiques au lieu de la politique étrangère, comme cela était prévu.

D'ailleurs, l'université du Mississippi, qui organise le débat, a bien fait savoir qu'il lui serait sans doute impossible de tenir le débat à une autre date et était très mécontente que celui-ci puisse être annulé alors qu'elle a investi des sommes importantes pour l'organisation. Il a été relevé que les débats ont toujours été maintenus même dans le cas de crises, par le passé. Que se passerait-il donc si Obama vient au débat, mais pas McCain? La commission des débats pourrait alors l'annuler et Obama pourrait offrir au modérateur Jim Lehrer une interview exclusive en présence de tous les médias présents. Toutes les infos du samedi ne parleraient que de cette interview...

Bref, nous en saurons davantage bientôt, mais il n'est pas certain que McCain sorte grandi de ces dernières manoeuvres...

Posté par Pat Philly à 23:49 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    Oh, comme c'est passionnant !

    Merci encore, Patrick, pour tout ce travail. C'est grace a toi que je suis un peu au courant de ces elections, j'avoue...

    Posté par Stephanie, 25 septembre 2008 à 16:00

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