Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

28 août 2008

Le discours de Barack Obama

Barack Obama a donc prononcé son grand discours pour accepter sa nomination à la convention démocrate. Les républicains avaient essayé de placer la barre très très haut pour créer des attentes ridiculement élevées. Eh bien, Obama a admirablement joué son coup. Les républicains s'attendaient sans doute à une déclaration plutôt abstraite et grandiloquante, un discours collant à la caricature de Obama et qu'il serait facile de critiquer dans le contexte du cadre grandiose où cela se déroulait. Avec les 80'000 spectateurs, il aurait été facile de jouer sur le thème de la "grande célébrité" et le comparer à Paris Hilton et Britney Spears comme cela a déjà été fait.
Et bien, au lieu d'un gentil discours tout en rondeurs et en belles paroles, Obama a été très pugnace, précis, et n'a pas hésité à taper durement sur John McCain, qui en a vraiment pris pour son grade.

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Il restera sans doute comme un des meilleurs discours politiques depuis des décennies, et il vaut la peine de le regarder en entier: voici la vidéo.

Tout commence bien entendu par: "Avec une profonde gratitude et une grande humilité, j'accepte votre nomination pour la présidence des Etats-Unis", avant de remercier les autres candidats: "particulièrement celle qui est allée le plus loin, une championne pour les travailleurs américains et une inspiration pour mes filles et les vôtres - Hillary Rodham Clinton." et sa famille: "A l'amour de ma vie, notre prochaine Première Dame, Michelle Obama et à Sasha et Malia - je vous aime tant et je suis si fier de vous toutes".

Il rappelle ensuite les défis que le pays se doit de relever et ajoute: "Amérique, nous sommes meilleurs que ces 8 dernières années. Nous sommes un pays meilleur que cela. (...) Nous avons plus de compassion qu'un gouvernement qui laisse les vétérans dormir dans nos rues et les familles s'enfoncer dans la pauvreté, qui reste assis les bras croisés alors qu'une grande ville américaine se noie sous nos yeux. Ce soir, je le dis au peuple américain, aux démocrates et aux républicains et au indépendants à travers ce grand pays: ça suffit!! Ce moment - cette élection - est notre chance de garder vivante la promesse américaine au 21e siècle. Parce la semaine prochaine, dans le Minnesota, le même parti qui a apporté deux mandats de George Bush et de Dick Cheney demandera au pays un troisième. Et nous sommes là pour dire que nous aimons trop ce pays pour laisser les quatre prochaines années ressembler aux huit dernières. Le 4 novembre nous devons nous lever et dire "Huit, ça suffit!".

denver2Qu'il n'y ait pas de doute. Le nominé républicain, John McCain, a porté l'uniforme de notre pays avec courage et distinction, et nous lui devons notre gratitude et notre respect. Et la semaine prochaine, nous allons aussi entendre parler de ses occasions où il s'est éloigné de la ligne de son parti comme preuve qu'il peut apporter le changement dont nous avons besoin.  Mais le bilan est clair: John McCain a voté avec George Bush 90% du temps. Le sénateur McCain aime parler de jugement, mais vraiment, que dire de votre jugement quand vous pensez que George Bush a eu raison plus de 90% du temps? Je ne sais pas pour vous, mais je ne suis pas prêt à n'avoir que 10% de chance de changement.

La vérité est que, sur tous les sujets qui sont importants dans vos vies - de l'assurance maladie à l'éducation et l'économie - le sénateur McCain a été tout sauf indépendant. Il a dit que notre économie a fait de "grand progrès" sous ce président. Il a dit que les bases de notre économie sont solides. Et quand un des principaux conseillers - l'homme qui a rédigé son programme économique - parlait de l'anxiété que ressentent les Américains, il a dit que nous souffrions seulement d'une "récession mentale" et que nous sommes devenus, et je cite, "une nation de pleurnichards".

(...) Maintenant, je ne crois pas que le sénateur McCain se moque de ce qui se passe dans les vies des Américains. Je pense seulement qu'il ne sait pas. Sinon, pourquoi définirait-il la classe moyenne comme ceux qui gagnent moins de 5 millions de dollars par an? Sinon, comment pourrait-il proposer des centaines de milliards d'allègements fiscaux pour les grandes sociétés et les compagnies pétrolières, mais pas un sou d'allègement pour plus de 100 millions d'Américains? (...) Ce n'est pas parce que John McCain s'en moque, c'est parce qu'il ne se rend pas compte.

Pendant plus de deux décennies, il a suivi cette vieille philosophie républicaine: donner toujours plus à ceux qui en ont le plus et espérer que la prospérité descende vers tous les autres. A Washington, ils appellent ça la "société de la propriété", but ce que cela veut vraiment dire, c'est que vous êtes tous seuls. Sans emploi? Pas de chance. Pas d'assurance maladie? Le marché s'en chargera. Né pauvre? Débrouillez-vous! Eh bien, il est temps pour eux d'assumer leur échec. Il est temps pour nous de changer l'Amérique."

denver3Il entreprend alors de citer des exemples de qu'il faudrait changer et de parler de personnes démunies qu'il a rencontrées, avant d'ajouter, en réponse à l'image de "coquille vide sans substance" donnée par ses adversaires: "Voilà le changement dont nous avons besoin tout de suite. Alors laissez-moi vous expliquer précisément ce que le changement voudrait dire si je suis président. Le changement veut dire un système fiscal qui ne récompense pas les lobbyistes qui l'on écrit, mais les travailleurs américains et les petites entreprises qui le méritent. Contrairement à John McCain, je cesserai d'accorder des baisses d'impôts aux grandes sociétés qui délocalisent leurs emplois à l'étranger et commencerai à les accorder aux entreprises qui créent de bons emplois ici en Amérique. (...) Je vais baisser - écoutez bien - je vais baisser les impôts pour 95% des familles qui travaillent. Parce que dans une économie comme celle-ci, la dernière chose que nous souhaitons est d'augmenter les impôts de la classe moyenne."

S'ensuit un programme énergétique, d'éducation, d'assurance maladie, etc. Le sujet en vient enfin au coeur du problème: la sécurité du pays...

"Et tout comme nous devons maintenir la promesse de l'Amérique pour les prochaines générations ici chez nous, nous devons garder la promesse de l'Amérique à l'étranger. Si John McCain veut avoir un débat à propos de qui a le tempérament, et le jugement pour servir en tant que Commandant en chef, c'est un débat que je suis prêt à avoir. Parce qu'alors que le sénateur McCain tournait son regard vers l'Irak à peine quelques jours après le 11 septembre, je me suis élevé et me suis opposé à cette guerre, sachant que cela nous détournerait des menaces réelles auxquelles nous faisons face. Quand John McCain a dit que nous pouvions simplement nous retirer d'Afghanistan, j'ai insister pour avoir davantage de troupes et de ressources pour terminer la lutte contre les terroristes qui nous vraiment attaqués le 11 septembre, et j'ai été clair sur le fait qu'il fallait traquer Oussama Ben Laden et ses lieutenants. John McCain aime à dire qu'il suivra Ben Laden jusqu'aux portes de l'enfer - mais il ne veut même pas aller le chercher dans la grotte où il se terre.

Et maintenant, alors que mon appel pour un calendrier de retrait de nos troupes d'Irak a trouvé un écho dans le gouvernement irakien et même avec l'administration Bush (...), John McCain reste seul dans son refus borné de terminer cette guerre mal conseillée. Ce n'est pas le jugement dont nous avons besoin. Cela ne va pas assurer la sécurité de l'Amérique. Nous avons besoin d'un président qui peut faire face aux menaces du futur, sans rester coincé sur des idées du passé. Vous ne vainquez pas un réseau terroriste qui opère dans huit pays en occupant l'Irak. Vous ne protégez pas Israël et dissuadez l'Iran juste en jouant aux durs à Washington. Vous ne pouvez pas vous élever pour la Géorgie quand vous avez mis à rude épreuve nos plus vieilles alliances. Si John McCain veut suivre George Bush avec davantage de bruits de botte et de mauvaise stratégie, c'est son choix - mais ce n'est pas le changement donc nous avons besoin."

denver4Suit un programme de politique étrangère avant d'en venir à la question du sacro-saint patriotisme: "Une des choses que nous devons changer en politique est l'idée que les gens ne peuvent pas être en désaccord sans mettre en doute leur caractère et leur patriotisme. L'instant est trop grave, les enjeux trop sérieux pour ce même jeu partisan habituel. Alors mettons-nous d'accord sur le fait que le patriotisme n'a pas de parti. J'aime ce pays, et vous également, et John McCain également. Les hommes et femmes qui servent dans son champs de bataille peuvent être démocrates et républicains et indépendants, mais ils se sont battus ensemble et on versé du sang ensemble et certains sont morts ensemble sous le même fier drapeau. Ils n'ont pas servi une Amérique bleue ou route: ils ont servi les Etats-Unis d'Amérique. Alors j'ai une info pour vous, John McCain: nous plaçons tous notre pays en premier!"

Enfin, il aborde entre autres le sujet risqué des fameuses "valeurs morales" si chères à l'Amérique conservatrice:
"Amérique, notre tâche ne sera pas facile. Les défis auxquels nous faisons face nécessitent des choix douloureux, et les démocrates comme les républicains vont devoir abandonner les idées usées et la politique du passé. Car une partie de ce qui a été perdu ces huit dernières années ne peut pas seulement se mesurer par des emplois perdus ou des plus grands déficits commerciaux. Ce qui a été perdu est notre sens d'un objectif commun - notre sens d'un but supérieur. Et c'est ce que nous devons rétablir.

On peut être en désaccord au sujet de l'avortement, mais nous pouvons sans doute nous mettre d'accord sur l'importance de réduire le nombre de grossesses non désirées dans ce pays. La réalité de la possession d'armes à feu peut être différente pour des chasseurs de l'Ohio rural que pour ceux en proie à la violence des gangs à Cleveland, mais ne me dites pas que l'on ne peut maintenir le Second Amendement tout en gardant les kalachnikov loin des mains de criminels. Je sais qu'il y a des désaccords au sujet du mariage des couples de même sexe, mais nous sommes sans doute d'accord sur le fait que nos frères et soeurs gays et lesbiennes méritent de rendre visite à la personne qu'ils aiment à l'hôpital et de vivre leur vie sans discrimination. Les passions s'échauffent sur l'immigration, mais je ne connais personne qui y gagne lorsque une mère est séparée de son enfant ou qu'un employeur concurrence les salaires américains en engageant des travailleurs clandestins. Ceci fait aussi partie de la promesse de l'Amérique - la promesse d'une démocratie où nous pouvons trouver la force et la grâce de combler les divisions et nous unir dans un but commun.

Je sais que certains écartent ces convictions, les jugeant utopistes. Ils prétendent que nos efforts pour quelque chose de plus grand, de plus solide et de plus honnête dans notre vie publique n'est qu'un cheval de Troie cachant des hausses d'impôts et l'abandon des valeurs traditionnelles. Et il faut s'y attendre. Parce que si vous n'avez aucune idée nouvelle, alors vous utilisez les tactiques éculées pour effrayer les électeurs. Si vous n'avez aucun bilan sur lequel faire campagne, alors vous décrivez votre adversaire comme quelqu'un que les gens devraient fuir. Vous faites qu'une grande élection devienne à propos de petites choses. Et vous savez quoi? Cela a fonctionné par le passé. Parce que cela nourrit le cynisme que nous avons tous par rapport au gouvernement. Quand Washington ne fonctionne pas, toutes ses promesses semblent vides. Si vos espoirs ont été anéantis encore et encore, alors il est mieux de cesser d'espérer et de s'accomoder de ce vous connaissez déjà.

Je comprends cela. Je réalise que je ne suis pas le candidat le plus classique pour cette fonction. Je ne colle pas au parcours habituel, et je n'ai pas passé ma carrière dans les couloirs de Washington.

Plus tard, il conclura: "Amérique, nous ne pouvons pas faire marche arrière. Pas avec tant de pain sur la planche. Pas avec tant d'enfants à éduquer et tant de vétérans à entourer. Pas avec une économie à rétablir et des villes à reconstruire et des fermes à sauver. Pas avec tant de familles à protéger et tant de vies à aider. Amérique, nous ne pouvons pas faire marche arrière. Nous ne pouvons pas marcher seuls. En ce moment, dans cette élection, nous devons promettre une nouvelle fois d'avancer vers l'avenir."

 

Posté par Pat Philly à 23:58 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    Excelent blog!

    Je parcours régulièrement votre blog et je le touve très bien. Je suis moi aussi un fan de la présidentielle américaine et je vous invite à jeter un coup sur mon blog : http://barackobama08.canalblog.com/

    Posté par Jim, 29 août 2008 à 20:43

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