Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

27 août 2008

Alors, divisés les démocrates?

Depuis lundi, c'est donc la convention démocrate, qui a lieu à Denver jusqu'à jeudi. Après avoir débuté tout en douceur lundi avec le discours de Michelle Obama, il appartenait à Hillary Clinton mardi d'apporter son soutien à Barack Obama. En effet, l'idée que les démocrates sont "divisés" est le sujet préféré des médias. C'est en réalité plutôt grotesque: Clinton a aidé à lever des millions de dollars pour les démocrates, a participé à de nombreux meetings de campagne au nom de Obama, transféré des dizaines de collaborateurs à sa campagne. Certes, les démocrates blancs constituent le seul groupe démographique où Obama est clairement moins performant que Gore ou Kerry, mais il est difficile d'imaginer que ce soit la faute de Hillary. En effet, Obama est moins performant parmi tous les types de démocrates blancs, que ce soit les jeunes, les libéraux, les riches -- et pas seulement la classe ouvrière âgée qui formaient le coeur des électeurs de Hillary.

Bien entendu, il y a toujours quelques irréductibles qui ne peuvent digérer la défaite de Clinton et ont décidé de s'abstenir ou de voter pour McCain. On les surnomme les PUMA, l'acronyme de "Party Unity My Ass", que je me contenterai de traduire poliment par quelque chose comme "Au diable l'unité du parti" (enfin, vous voyez l'idée...)
Evidemment, malgré le caractère très marginal de ce "mouvement", les médias sont toujours friands de ressasser le thème de la guerre des primaires, et il fallait qu'Hillary montre vraiment qu'elle soutenait Obama dans avoir trop l'air de se forcer. Les attentes étaient très fortes et elle ne pouvait pas se permettre de décevoir (ne serait-ce que si elle souhaite être encore bien vue par les démocrates en vue d'une éventuelle future campagne présidentielle).  On peut dire qu'elle a accompli sa mission.

Dès le début du discours, elle annonce la couleur: "Je suis honorée d'être ici ce soir. Fière d'être mère. Fière d'être démocrate. Fière d'être américaine. Et fière de soutenir Barack Obama. (...) Que vous ayez voté pour moi, ou voté pour Barack, l'heure est venue de s'unir comme un seul parti avec un seul but. Nous sommes dans la même équipe et aucun d'entre nous ne peut rester sur la touche. (...) Barack Obama est mon candidat. Et il doit être notre président."

Elle relate ensuite ses expériences de la campagne, des anecdotes et des messages poignants reçus par les gens rencontrés, des motivations qui l'on amenées à être candidate, avant d'ajouter: "Voilà les raisons pour lesquelle j'ai été candidate. Voilà les raisons pour les lesquelles je soutiens Barack Obama. Et voilà les raisons pour lesquelles vous le devez également. Je veux que vous vous demandiez: avez-vous pris part à cette campagne juste pour moi? Ou y avez-vous participé pour cette mère luttant avec un cancer en tentant d'élever ses enfants. Ou y avez-vous participé pour ce garçon et sa mère survivant avec le salaire minimum. Ou y avez-vous participé pour tous les gens dans ce pays qui se sentent invisibles?"

Un peu plus tard, il faut bien passer un peu de pommade aux candidats eux-mêmes. "Et Barack aura à ses côtés une partenaire incroyable en Michelle Obama. Quiconque a vu le discours de Michelle la nuit dernière sait qu'elle fera une magnifique First Lady pour l'Amérique. Les Américains ont également la chance que Joe Biden sera aux côtés de Barack Obama. C'est un leader fort et un homme de bien. Il comprend à la fois les problèmes économiques ici chez nous et les défis stratégiques à l'étranger. Il est pragmatique, solide et avisé. Et, bien sûr, Joe sera soutenu par sa merveilleuse épouse, Jill. Il formeront une excellente équipe pour notre pays."

Ensuite, elle s'occupe un peu de John McCain, qui en prend pour son grade. Alors qu'il avait tenté de faire des spots publicitaires montrant d'anciennes images des primaires où Hillary critiquait Obama, et où il se moquait de Obama pour n'avoir pas "osé" choisir Hillary comme vice-présidente, malgré les "millions de votes qu'elle a reçus" dans le but évident de récupérer quelques-uns de ses électeurs déçus, Hillary a clairement montré qu'il ne fallait pas compter sur elle pour se laisser instrumentaliser par les républicains. Et fait une critique en règle des idées de McCain, soulignant à quel point il est proche de Bush. Enfin, faisant référence à l'agglomération de  Minneapolis-Saint Paul (surnommée les "villes jumelles"), où se tiendra la convention républicaine la semaine prochaine, elle conclut: "Avec un tel programme, il est logique que George Bush et John McCain se retrouvent ensemble la semaine prochaine dans les villes-jumelles. Parce que ces jours-ci, il est terriblement difficile de les différencier l'un de l'autre".

Bien sûr, les esprits chagrin noteront qu'elle n'a pas indiqué explicitement que Obama était compétent et apte à assumer la présidence. Ouf, nous sommes sauvés, puisque c'est Bill Clinton ce soir qui s'est chargé d'enfoncer le clou et de dire les phrases fatidiques. De cette manière, les Clinton s'en tirent la tête haute et ont fait ce qui était attendu d'eux.

                           

Posté par Pat Philly à 23:51 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire