Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

06 juin 2008

Y a-t-il un vice-président dans la salle?

Le candidat nominé par chaque parti est habituellement assuré d'avoir gagné plusieurs mois avant la convention qui formalise tout cela. Ainsi, en 2004, l'affaire était dans le sac pour John Kerry déjà en février ou mars, alors que la convention n'a eu lieu qu'en août. Il a donc eu le loisir de réfléchir à son "running mate" et a pu divulguer son choix, John Edwards, bien avant la convention.

A quoi sert un vice-président, au juste? Eh bien, c'est la personne qui est susceptible de succéder au président en cas de décès ou de démission. C'est aussi le président du Sénat (et puisqu'il y a 2 sénateurs par état, c'est-à-dire le nombre pair de 100, le vice-président est chargé de décider en cas d'égalité 50-50). Enfin bref.
Mais en quoi le choix du vice-président est-il important pour la campagne électorale? Il doit pouvoir combler un éventuel point faible du candidat principal, devrait équilibrer le "ticket" en provenant d'une autre région du pays, il devrait être jeune si le candidat principal est vu comme vieux, expérimenté si le candidat est susceptible de voir son peu d'expérience mis en question par le parti adverse, sympathique est chaleureux si le candidat a une image terne et froide, grand si le candidat est petit, droitier si le candidat est gaucher, etc. Bon, j'exagère, mais vous voyez l'idée.

Par exemple, en 1960, Kennedy, sénateur du Massachusetts, a choisi Lyndon Johnson, du Texas, pour apporter un peu de contrepoids géographique.

Inversement, plutôt que compenser une faiblesse du candidat principal, on peut choisir de sélectionner un vice-président qui renforce une qualité du candidat principal. Ainsi, en 1992, Clinton choisira Al Gore, également plutôt jeune est d'un état du sud comme lui, de façon à faire passer en force l'idée de nouveauté et de changement.

Alors quelles options pour Obama? Il y a bien sûr la possibilité Hillary, qu'il veut sans doute éviter, et dont nous avons déjà parlé (voir message précédent). Sinon quelques autres options pourraient être:

  • Ted Strickland (gouverneur de l'Ohio): Peut-être que Obama ne veut pas nommer Clinton, mais lui et sa campagne savent que le meilleur moyen de rallier le parti derrière lui est de faire un geste fort envers les supporters d'Hillary. Strickland, qui a été élu gouverneur de l'Ohio en 2006, remplit ce rôle, en tant qu'un des plus farouches partisans de Clinton durant la campagne. Strickland est également très populaire en Ohio, et pourrait donc aider à remporter cet état crucial que Kerry avait perdu de peu en 2004 (et qui lui a valu sa défaite). Il est aussi plutôt conservateur et avec un fort background religieux, ce qui pourrait aider les démocrates à séduire au moins une petite partie de l'Amérique conservatrice.
  • Jim Webb (sénateur de Virginie): Il est bon de noter que pour son premier jour de campagne après avoir gagné la nomination, Obama était en Virginie. Il croit fermement qu'il peut faire une campagne sérieuse dans cet état et le gagner (l'état a voté pour le candidat républicain à chaque élection depuis 1968, mais la Virginie qui inclut de grandes banlieues de Washington, devient de plus en plus démocrate et pourrait être un terrain de bataille de prédilection cette année). Jim Webb pourrait donc aider grandement à faire pencher la balance du bon côté. Il a un parcours militaire exemplaire en tant que vétéran du Vietnam et, tout comme Obama, était opposé à la guerre en Irak dès le début. Il est cependant peu conventionnel à beaucoup d'égards et pourrait être un peu trop imprévisible. De plus, il serait dommage que les démocrates perdent un siège démocrate au cas où il venait à quitter le Sénat.
  • Kathleen Sebelius (gouverneur du Kansas): Il est difficile de savoir si Obama peut se permettre de nommer une femme qui ne soit pas Clinton. Cela se serait-il pas perçu comme l'affront ultime par les supporters de Hillary? Hélas, sa réponse au discours sur l'état de l'union de Bush en début d'année a été largement perçue comme soporifique.
  • John Edwards: Puisque Obama pourrait bien avoir besoin d'aide à courtiser la classe ouvrière (vu ses défaites cuisantes en Ohio, Pennsylvanie et Virginie-Occidentale), Edwards pourrait être un bon choix, lui qui a mené une campagne populiste mettant l'accent sur la pauvreté. De plus, ses racines du Sud (sans parler de son accent à couper au couteau) pourraient agréablement donner un équilibre au ticket d'un point de vue géographique. Hélas, il n'est sans doute pas en mesure de faire gagner son état, la Caroline du Nord (alors qu'il était sur le ticket avec Kerry en 2004, ils ont perdu l'état de 12 points). D'autre part, Edwards est-il assez expérimenté pour faire taire les critiques sur l'inexpérience supposée de Obama? Finalement, Edwards, veut-il vraiment être encore une fois candidat à la vice-présidence?
  • D'autres noms circulent bien sûr: Evan Bayh (sénateur de l'Indiana), Ed Rendell (gouverneur de Pennsylvanie), Joe Biden (sénateur du Delaware), Sherrod Brown (sénateur de l'Ohio), Bill Richardson (gouverneur du Nouveau-Mexique), Michael Bloomberg (maire de New York), Brian Schweitzer (gouverneur du Montana), le Général Wesley Clark, ou même Al Gore. Nous discuterons éventuellement ces noms-là selon les dernières nouvelles...

Et pour John McCain? Il a tout intérêt à choisir quelqu'un de pas trop vieux, et même s'il veut absolument gagner la Floride, il ne peut pas choisir l'ancien gouverneur - pourtant populaire - de l'état, puisqu'il s'appelle Jeb... Bush. Eh oui, il ne fait pas bon être de la famille Bush ces temps-ci. Et ce serait la 7e fois en 8 élections qu'un Bush est sur le ticket présidentiel !! Quelques noms souvent cités:

  • Tim Pawlenty (gouverneur du Minnesota): Encore peu connu, il a pourtant beaucoup d'avantages. Le Minnesota est un état a voté démocrate dernièrement, mais est très serré. Il travaille actuellement à se faire connaître et est proche de McCain. Bien sûr, ses récentes blagues sur la réticence de sa femme à vouloir coucher avec lui, n'étaient pas du meilleur effet...
  • Mitt Romney (ex-gouverneur du Massachusetts): De plus en plus souvent évoqué, ne serait-ce parce qu'il se met en quatre pour aider McCain: il l'a aidé à lever des fonds de façon efficace et s'avère un soutien très important dans les médias. Bien sûr, il est mormon...
  • John Thune (sénateur du Dakota du Sud): Un choix sûr et conventionnel: plutôt jeune (fin de quarantaine, bon contraste avec McCain), célèbre pour avoir battu un sénateur démocrate important en 2004. Peut-être trop conventionnel, puisque McCain semble vouloir faire preuve d'originalité.
  • Charlie Crist (gouverneur de Floride): Très populaire dans son état. Et McCain, bien que déjà favori en Floride, pourrait ainsi se garantir une victoire dans cet état clé.
  • Joe Lieberman (sénateur du Connecticut): Oui, c'est un démocrate (indépendant). Mais il soutient McCain et ne cesse d'attaquer Obama sur plusieurs sujets. Il a déjà été examiné minutieusement à deux reprises, étant donné sa candidature comme vice-président avec Al Gore en 2000, et sa propre campagne présidentielle en 2004.
  • Condoleezza Rice (secrétaire d'état): C'est Obama et Clinton en un (noire et femme), idéal pour effacer l'image d'un parti républicain de vieux hommes blancs. Mais bien trop proche de l'administration Bush dont McCain veut tenter de s'éloigner autant que possible.
  • Beaucoup d'autres noms possibles: par exemple Mark Sanford (gouverneur de Caroline du Sud), Haley Barbour (gouverneur du Mississippi), Bobby Jindal (gouverneur de Louisiane) ou même Carly Fiorina (ancienne PDG de Hewlett-Packard), etc.
     

Maintenant que les candidats sont connus, deviner les candidats à la vice-présidence est l'activité principale des commentateurs politiques. Faites vos jeux!


Posté par Pat Philly à 16:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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