Les élections américaines, live from Philly

La campagne présidentielle américaine, suivie et commentée au jour le jour depuis Philadelphie

03 juin 2008

Clinton vice-présidente: Obama peut-il s'y opposer?

Voilà c'est fait!
Obama a donc dépassé le seuil fatidique de 2117 délégués. L'élection générale débute!

La grande question maintenant est le rôle que va jouer Hillary dans la suite de la campagne. D'abord, bien entendu, quand va-t-elle reconnaître sa défaite? (puisqu'elle se réserve ses options ce soir et n'a pas encore officiellement abandonné).

Mais surtout, va-t-on avoir droit au ticket président/vice-président Obama/Clinton? Ticket de rêve qui permettrait de réunir le parti démocrate et panser les blessures de la campagne rapidement, ou au contraire scénario catastrophe qui n'amènerait rien de bon? On peut bien entendu discuter des avantages et inconvénients, mais la grande question est: Obama va-t-il demander à Hillary d'être sa vice-présidente? Et est-ce que Hillary accepterait?
Ou une autre manière de poser la question: si Hillary veut être sur le ticket, Obama peut-il vraiment s'y opposer?

Veut-il qu'elle soit sa vice-présidente? Sûrement pas (l'idée d'avoir à la fois Bill et Hillary dans les parages pour lui faire de l'ombre ne lui plaît sans doute pas trop).
Peut-il l'en empêcher si c'est ce qu'elle veut? Peut-être pas. Pourquoi pas? A cause de super-délégués.

Maintenant que les derniers délégués ordinaires ont été distribués, il reste une centaine de super-délégués qui doivent faire leur choix. Finalement, on peut estimer très grossièrement que Obama aura près de 2'300 délégués et Hillary près de 2'000.
Hillary aura raté l'élection de 300 votes environ. Elle arrive juste derrière son rival, ce qui la place parmi les plus proches challengers de l'histoire du parti démocrate.

Donc, c'est fini... Obama est libre de choisir un vice-président, n'est-ce pas? Pas si vite... Le faible écart qui les sépare ne représente qu'environ un tiers des super-délégués à la convention. La plupart des 795 super-délégués ont subi des pressions énormes de la part des deux candidats depuis des mois. Pour ceux qui ont choisi Obama, la décision était particulièrement difficile, à la fois personnellement et politiquement. Presque tous les super-délégués ont eu une longue histoire aux côtés des Clinton, et beaucoup n'ont connu Obama que depuis quelques mois. Plusieurs de ceux qui se sont rangé du côté de Obama ont bénéficié professionnellement, financièrement et politiquement de leur relation avec les Clinton. Beaucoup avaient des bons postes dans l'administration Clinton. Beaucoup ont reçu des dizaines de milliers de dollars levés pour eux par les Clinton.

Imaginez combien il a dû être difficile pour la plupart de ces super-délégués de dire non à l'ancien président des Etats-Unis à qui ils doivent tant? Imaginez le dernier coup de fil avec Bill lorsqu'un super-délégué devait lui annoncer qu'il avait décidé de soutenir Obama. Bill: "Il est temps de vous décider. Hillary a besoin de vous, et j'ai besoin de vous. Nous avons fait beaucoup de choses ensemble. J'ai été là quand vous aviez besoin de moi. Maintenant c'est moi qui ai besoin de vous." Le super-délégué: "C'est la chose la plus difficile que j'ai à faire, mais je vais soutenir Obama parce que (...). Demandez-moi ce que vous voudrez, mais je dois faire cela." Bill: "Je suis très déçu et personnellement blessé, mais faites ce que vous pensez devoir faire."

Maintenant, imaginez que dans les prochains jours, Clinton rappelle. Bill: "Je sais que Obama a maintenant assez de votes pour gagner, mais je voulais que vous sachiez que Hillary a décidé d'être candidate à la vice-présidence à la convention. Il y a deux votes différents à la convention: d'abord pour le président, ensuite pour le vice-président. Je sais que vous voterez pour Obama pour président. Bien, mais je veux que vous votiez pour Hillary comme vice-présidente.

Alors, à la convention de Denver, les délégués de Hillary (presque la moitié des délégués!) demandent qu'elle soit sur le ticket. Ce sont des farouches partisans des Clinton qui sont restés avec elle à travers toute la campagne. La plupart des délégués de Clinton sont des femmes, la plupart des électeurs démocrates sont des femmes... et on devrait accepter un obscur gouverneur blanc en guise de vice-président? Pour eux, pas question. D'ailleurs, si les rôles étaient inversés et Obama avait échoué de justesse mais souhaitait être le candidat à la vice-présidence, est-il possible que la convention s'y oppose?

Bill: "Si nous avons votre soutien dès maintenant (nous avons déjà quelques super-délégués de Obama qui la soutiendraient pour la vice-présidence), nous n'avons pas besoin de passer au vote et d'avoir une confrontation à Denver. Avec les délégués de Hillary et une centaine de super-délégués de Obama, nous atteindront le score requis très vite, ce qui économise à Barack le souci de sélectionner un vice-président et nous pouvons être unis contre McCain dès à présent."

Ces super-délégués vont-ils dire non à Bill une nouvelle fois? N'y a-t-il pas une bonne proportion de super-délégués qui accepteraient ce marché?

Si Hillary veut la nomination pour vice-présidente, et que ses délégués l'exigent, il apparaît difficile à Obama d'y faire quoi que ce soit...

 

Posté par Pat Philly à 23:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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